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Full text of "Les cinq poèmes des trois morts et des trois vifs publiés avec introduction, notes et glossaire par Stefan Glixelli"

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LES CINQ POÈMES 


DES TROIS MORTS 


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PUBLIÉS WEC INTRODUCTION, NOTES ET GLOSSAIRE 


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I l'I.AfiCIIES IIOKS TEXTE 


THÈSE POUR LE DOCTORAT D'UNIVERSITÉ 
Présentée à la Faculté des Lettres de l'Université de jPa ris 


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STEFA N GLKXELLI 



UE3RA, 


SEP 26 1950 


UNIVERSmr OF CALIFORNIA 


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LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

Edouard champion 

5 , QUAI MALAQUAJS, 5 


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LES TROIS MORTS ET LES TROIS VIFS 




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ABBBYLLLK. 


IMPRIMERIE F. PAILLA RT 


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LES CINQ POÈMES 


DES TROIS MORTS 


ET 


DES TROIS VIFS 


PUBLIÉS AVEC INTRODUCTION, NOTES ET GLOSSAIRE 

4 PLANCHES HORS TEXTE 


THÈSE POUR LE DOCTORAT D’UNIVERSITÉ 
Présentée à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris 

PAR 


STEFAN GLIXELLI 



PARIS 

LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

ÉDOUARD CHAMPION 
5, QUAI MALAQUAIS, 5 

1914 




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A M. ALFRED JEANROY 

PROFESSEUR A LA lORBONNB 

HOMMAGE RECONNAISSANT 




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AVERTISSEMENT 


Bien que les textes publiés ici ne soient pas 
inédits , une édition critique, fondée sur Vétude 
de tous les manuscrits connus , en restait à faire. 

Cette tâche m'a été confiée par M. Alfred 
Jeanroy , envers qui j'ai plus d'une raison d'être 
reconnaissant : ce sont ses conférences à la 
Faculté des lettres et à l'École pratique qui m'ont 
entraîné au travail personnel; les conseils qu'il 
m'a donnés, notamment en revoyant les épreuves 
de cette édition, m'ont été d'un secours indispen¬ 
sable. M. Joseph Bédier, professeur au Col¬ 
lège de France, a bien voulu m'encourager, lui 
aussi, avec sa bienveillance habituelle. 

Je tiens également à exprimer ma profonde 
reconnaissance à M. Édouard Porçbowicz, pro¬ 
fesseur à l'Université de Lwôw (Pologne autri¬ 
chienne), qui le premier m'a initié aux études 
romanes. M. Giulio Bertoni, professeur à l'Uni- 
versité de Fribourg (Suisse), m'a témoigné une 


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VIII 


AVERTISSEMENT 


bonne grâce particulière quand fêtais son audi¬ 
teur, depuis il ni accorde toujours son appui 
précieux . 

M. Arthur Langfors, chargé de cours à V Uni¬ 
versité de Helsingfors, a bien voulu relire ce tra¬ 
vail sur épreuves; il a complété ma liste de 
manuscrits, en me signalant celui de Lille d'après 
les notes de M. Paul Meyer . Je le remercie 
vivement . 

Je termine en rendant hommage à l'extrême 
obligeance de MM . les Bibliothécaires : E. Déprez 
d'Arras, S. Gaselee de Cambridge, J. P . Gilson 
de Londres et G. Maçon de Chantilly. 

Paris, mars 1914. 



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INTRODUCTION 


Trois jeunes seigneurs se trouvent face à face avec 
trois cadavres en pleine décomposition qui se sont rani¬ 
més : tel est le sujet commun des cinq petits poèmes 
réunis ici. C’est le thème macabre des Trois morts et des 
trois vifs y qui a joui longtemps d’une vogue considé¬ 
rable ; il a inspiré non seulement des poèmes en plu¬ 
sieurs langues, mais aussi un nombre incalculable de 
peintures. 

Notre thème apparaît dans la seconde moitié du 
xm e siècle ; il devance de plus d’un siècle la Danse 
macabre, avec laquelle il offre une analogie frappante. 
Dans l’un et l’autre thème les cadavres ou les sque¬ 
lettes s’opposent aux vivants et les deux thèmes se 
rencontrent également dans l’art et dans la littérature. 
Quelle est l’origine de ce thème à la fois littéraire et 
iconographique ? Le thème littéraire est-il antérieur 
au thème iconographique et l’a-t-il inspiré ou bien 
est-ce l’inverse ? 

Nous traiterons plus tard cette question et nous 

1 


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INTRODUCTION 


2 

commencerons par examiner les textes que nous 
publions. Quoiqu’ils soient relatifs au même sujet, 
chacun d’eux a, cependant, son originalité propre ; il 
faut la dégager pour établir leur filiation. Après quoi 
nous étudierons les éléments qui leur sont communs. 
Nous analyserons, ensuite, les textes en d’autres 
langues. Enfin, nous examinerons les représentations 
iconographiques par rapport aux poèmes. 

Suivant ce plan nous insisterons avant tout sur les 
poèmes réunis ici, tant au point de vue du fond que 
de la forme ; néanmoins il paraît indispensable d’étu¬ 
dier le rapport de ces textes avec d’autres composi¬ 
tions relatives au même thème. Quant à la question 
de l’origine de celui-ci, quelque obscure qu’elle puisse 
être, nous l’aborderons aussi, tâchant sinon de la ré¬ 
soudre, du moins de préciser la nature et les conditions 
du problème. 

Nos textes ont été réunis jadis par A. de Montai- 
glon dans un charmant volume, aujourd’hui fort rare 1 * 

Dès avant cette publication le sujet qui nous oc¬ 
cupe a attiré l’attention des érudits. Les cinq poèmes 
et un fragment des Trois mortes et des trois vives ont 
été signalés par G. Kastner 2 . E.-H. Langlois a dressé 

1. L’Alphabet de la mort de Hans Holbein, entouré de bor¬ 
dures du xvi e siècle et suivi d'anciens poèmes français sur le 
sujet des trois mors et des trois vis, publiés d’après les mss. 
par Anatole de Montaiglon, Paris, 1856. 

2. G. Kastner, Les Danses des morts, Paris, 1852, p. 11, note. 
L'auteur a signalé également deux poèmes en allemand. 


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BIBLIOGRAPHIE 


3 

une liste assez riche des représentations figurées 1 . 
P. Paris, dans 1 *Histoire littéraire de la France 2 , a ana¬ 
lysé brièvement les quatre premiers poèmes. 

G. Grober donne quelques renseignements utiles 8 ; 
il estime que Baudouin de Condé a été le premier à 
traiter le thème en poésie. 

Récemment notre sujet a été traité par MM. E. Mâle 4 
et K. Künstle 5 . M.Künstle soutient que le thème 
en question est d’origine orientale et qu’en Occident 
c’est d’abord en Angleterre qu’il apparaît. Nous 
reparlerons de ces études au cours de l’Introduction 
qu’on va lire. 

1. E.-H. Langlois, Essai historique, philosophique et pittoresque 
sur les danses des morts, 2 vol., Rouen, 1851-52, I, p. 233 ss. 

2. Tome XXIII, p. 278. 

3. Grundriss d. rom. Phil., II 1 , 841, 854, 865, 1179. 

4. Mâle, L’Art religieux de la fin du moyen âge en France, 
Paris, 1908, p. 383-388. 

5. Künstle, Die Legende der drei Lehenden und der drei Toten 
und der Totentanz, Freiburg im Breisgau, 1908 (cf. A. Jeanroy, 
Revue critique, 1911, 2 e sem., p. 251). 


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I 


CLASSEMENT DES MANUSCRITS. - REMARQUES SUR LA 

LANGUE ET LA VERSIFICATION. 


Vingt manuscrits nous ont conservé cinq poèmes des 
Trois morts et des trois vifs ainsi qu’un fragment d’un 
poème des Trois mortes et des trois vives. 

Voici ces mss. rangés d’après leur ancienneté et 
leur valeur 1 : 


xm e siècle (fin). 

A Paris, B. N., fr. 25566, poème I, fol. 217-18 ; poème II, 
fol. 218-19 v° ; poème III, fol. 223-24 v°. 

B Paris, B. N., fr. 378 2 , poème I, fol. 1 ; poème IV, 
fol. 7 v°-8. 

C Paris, Arsenal, 3142, poème I, fol. 311 v°-12. 

xiv e siècle. 

D Paris, B. N., fr. 1446, poème I, fol. 144 v°-45 v°. 

E Paris, Arsenal, 3524, poème I, fol. 49-50 v°. 

F Paris, B. N., fr. 25545, poème I, fol. 106 v°-8. 


1. Voy. P. Meyer, Bulletin de la Soc. des anc. textes , 1881, 
pp.45, 71 (mss. 10) ; Romania, XXV, 416 (ms. Af).—G. G[rôber], 
Zeitschrift /. rom. Phil., XXI, 310. — Naetebus, Die nichl- 
lyrischen Strophenformen des Allfranzœsischen , Leipzig, 1891, 
pp. 146, 174, 175. 

2. E. Langlois, Les manuscrits du Roman de la Rose , Lille, 
1910, pp. 3, 98 (mss. BK). 


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MANUSCRITS, LANGUE, VERSIFICATION 


5 


G Paris, B. N., fr. 1109, poème II, fol. 327-28. 

H Psautier de Bonne de Luxembourg (deuxième quart 
du xiv e s.), ce ms. appartenait autrefois à A. Fir- 
min Didot 1 ; poème IV, fol. 320-26 v°. 

I Londres, Mus. Brit., Egerton, 945, poème IV, fol. 12-15 v°. 

J Paris, B. N., fr. 24432, poème IV, fol. 13 v°-14 ; fragment 
des Trois mortes et des trois vives, fol. 246 v°. 

K Arras, Bibl. mun., 845, poème V, fol. 157. 

L Paris, B. N., fr. 1555, poème V, fol. 218 v°-21. 

M Cambridge, Magdalene College, collection S. 

1938, poème IV. 

N Paris, B. N., lat. 18014, Petites Heures de Jean, duc de 
Berry 2 , poème IV, fol. 282-286. 

O Londres, Mus. Brit., Arundel, 83, poème IV, fol. 127. 


Pepys, 


xv e siècle. 

P Paris, B. N., fr. Ô57, poème IV, fol. 132-33 v°. 

Q Bruxelles, Bibl. royale, 10750, poème V, fol. 31-33 v°. 

R Paris, B. N., fr. 995, poème V, fol. 17 v°-22 v°. 

S Chantilly, Musée Condé, 1920, poème V. 

T Lille, Bibl. mun. 139, poème V, fol. 10 v°-13 v°. 

Sauf les mss. QST , qui^ont écrits sur papier, tous 
les autres sont écrits sur parchemin. ST occupent les 
derniers feuillets des incunables. Dans neuf mss. 
(ABCHKMNOR) nos poèmes sont accompagnés de 
miniatures. 


1. Catalogue illustré des livres précieux, manuscrits et imprimés , 
faisant partie de la bibliothèque de M. A. Firmin Didot , Paris, 
1882. On y trouve une description précise du ms. et un fac- 
similé, p. 5 ss. 

2. Fondation E. Piot, III (1896), p. 111. 


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6 INTRODUCTION 

Les vingt mss. sont pour la plupart de grandes col¬ 
lections de compositions diverses. D’autres mss. nous 
offrent des compositions purement ecclésiastiques : 
H est un psautier, N un livre d’heures, O contient 
des écrits théologiques et moraux en latin, Q une 
« brève doctrine » religieuse, T des sermons imprimés. 
Le superbe ms. R contient la Danse macabre des 
hommes et des femmes. 

Quant au titre que les mss. donnent à nos poèmes, 
il varie de ms. à ms. Dans les plus anciens le titre est 
simplement : Les trois morts et les trois vifs ; dans d’au¬ 
tres on y ajoute la désignation : dit , conte , histoire , etc. ; 
K présente ce titre : Les dits des trois morts et des trois 
vifs. 

L’ordre dans lequel nous imprimons nos textes est 
celui dans lequel A. de Montaiglon les a publiés dans 
VAlphabet de la mort. 

i. Poème de Baudouin de Condé. — Six mss. nous ont 
conservé ce texte : ABCUEF ; en outre, dans H N , 
les vers 1-26 ont été mis en tête du poème IV. Les 
mss. CDE contiennent également d’autres composi¬ 
tions de Baudouin. 

A. de Montaiglon a publié le texte d’après le ms. A 
en y introduisant des changements arbitraires. Aug. 
Scheler a eu le tort de se baser, dans son édition de 
B. de Condé *, sur le texte de Montaiglon. 

1. Dits et contes de Baudouin de Condé et de son fils Jean de 
Condé , I. Bruxelles, 1866, pp. 197-203. (Variantes de BCDE). 


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MANUSCRITS, LANGUE, VERSIFICATION 7 

Le ms. A se distingue très nettement du groupe des 
cinq autres (auxquels se rattachent H N). Cette oppo¬ 
sition se manifeste par de nombreuses variantes, 
dont les principales se trouvent aux vers : 1, 6, 70, 

75, 99, 128, 146, 147. 

Les cinq autres ms. diffèrent entre eux par le nombre 
des vers :Cena 162 comme A ; BDEF ont une addition 
de deux vers après le vers 114 ; DE remplacent les 
vers 47-48 par quatre autres. B F comptent donc 
164 vers, DE 166. On peut représenter les rapports 
entre les six mss. en question par cette figure : 

O 


A 

/ \ 

D E 

Les traits de la langue attestés par les rimes sont les 
suivants : 

iau provenant de èl + cons., él -{- cons. : jouvenciaus : 
ciaus (85-86) ; — ie provenant de è entravé : deniers : 
niers (75-76) ; — ts réduit à s : trois : destrois (27-28). — 
La déclinaison est conservée ; — mi cas rég. du pro¬ 
nom pers. (124). 

Quant à la graphie du ms. A, pris pour base du 
texte critique, notons : alternance de ieu et iu : Dieus 
(9), Diu (124), liu (114) ; — échange de c et ch : 
camus (52), char (65) ; — échange de k et qu ; — ab¬ 
sence complète de z. 



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8 


INTRODUCTION 


Les vers sont de huit syllabes avec la rime équi¬ 
voque, qui se retrouve dans plusieurs poèmes de Bau¬ 
douin. 

2. Poème de Nicole de Marginal. — Ce texte, conservé 
par les mss. AG, a. été publié d’après A, d’abord par 
A. de Montaiglon, puis par M. Todd 1 . Le texte qu’on 
va lire, établi pour la première fois d’après les deux 
mss., reproduit le texte de A, corrigé à l’occasion par G. 

Pour ce qui est de la langue notons : ts réduit à s : 
compains : pains (37-38). — La déclinaison est con¬ 
servée ; — mi, cas rég. du pronom pers. (110). 

Les vers sont de huit syllabes avec la rime équivoque 
La pièce est divisée en strophes : l’introduction et la 
conclusion comptent 36 vers chacune ; les six strophes 
dites par les six interlocuteurs sont de 24 vers, dont les 
quatre derniers sont rétrogrades. 

3. Diex pour trois peceours retraire. — Ce texte, con¬ 
servé par le seul ms. A, fut publié seulement dans le 
petit volume de Montaiglon. Il est écrit en vers octo- 
syllabiques avec la rime équivoque. Aux vers 21-22, 
71-72, la rime équivoque est seulement pour l’œil. 

Comme traits de la langue notons : ts réduit à s : 
apparans : ans (45-46). — La déclinaison est conser¬ 
vée ; — sen, cas rég. du pronom poss. (105) ; — le, 
article fém. (50). 

1. Le Dit de la Panthère d'amours , p. p. Henry A. Todd, Paris, 
1883, p. xxxi (Soc. des anc. textes). 


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MANUSCRITS, LANGUE, VERSIFICATION 9 

4. Conpains , vois tu ce que je voi ? — Huit mss. nous 
ont conservé ce texte, savoir : BHIJMNOP. A. de 
Montaiglon l’a imprimé d’après B. 

Avant d’étudier les rapports qui unissent les mss., 
nous éliminons d’une part O renfermant un texte très 
abrégé (36 vers), d’autre part MP qui contiennent un 
remaniement de notre poème ; nous examinerons plus 
tard les deux textes ( voy. p. 118). 

Les mss. H (dont on ignore le possesseur) et N 
offrent au début les 26 premiers vers du poème de 
B. de Condé. On peut supposer que ces deux mss. 
sont étroitement apparentés. 

Restent, en somme, quatre mss. : R/JiV, qui 
entrent en ligne de compte pour l’établissement du 
texte. J se distingue nettement du groupe des trois 
autres. Il n’offre point les six vers rétrogrades termi¬ 
nant chaque tirade dans les autres mss. ; il en diffère 
par de nombreuses variantes. Les principales d’entre 
elles se trouvent aux vers: 2, 7, 11, 14, 16, 34, 42, 54, 
59, 64, 74, 77,100,114,123,124,125,127,130. 

IN vont ensemble d’après les vers : 20, 22, 43, 60 
91, 96. B J d’après le vers 80. 

Les leçons communes à J et N (v. 31, 41, 66, 74) 
sont, peut-être, des coïncidences fortuites. La figure 
suivante rend compte des rapports entre les mss. : 

O 

i 

I 

I 1 

B I A 

I (H) N J 


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10 


INTRODUCTION 


Voici les particularités linguistiques de la pièce : 

ts réduit à s : nus (nut) : nus (nul) (125-26). — La 
déclinaison est le plus souvent conservée ; — pronom 
poss. au sing. : no (9), vo (82). 

Quant à la graphie du ms. Z?, qui est la base du 
texte critique, remarquons : iau <; èl -j- cons. : biaus 
(26) ; — absence de la dentale entre l et r : volra (42) ; 
— alternance de s et z. 

10 sont des copies anglo-normandes. 

La pièce se compose de six tirades de 24 vers cha¬ 
cune. Les vers sont de huit syllabes avec la rime riche, 
parfois équivoque. Les six derniers vers de chaque ti¬ 
rade sont rétrogrades, rimant en aabccb. 

5. Se nous vous aportons nouvellez . — Ce texte nous 
est conservé par six mss. : KLQRST 1 . Son étendue 
n’est pas la même dans tous les mss. : KLQT compren¬ 
nent six strophes de 28 vers, qui sont suivies dans T 
d’une conclusion de 30 vers 2 ; RS ont les strophes de 
36 vers, qui sont précédées dans R d’un prologue de 
70 vers et suivies d’une conclusion de 53 vers. Ces 
53 vers se trouvent dans S à la suite de la troisième 
strophe. 

Notre texte n’a jamais cessé d’être à la portée des 

1. Un manuscrit de la Bibl. Nat., fr. 25548, renfermait une 
septième copie, mais les feuillets 237 ss., qu'elle occupait, 
manquent. Il ne reste que la rubrique (fol. 236 v°) : Cy commence 
Vistoire des trois mors et des trois vifz. Si commence le premier 
mort. Il8’agit donc de la pièce V, car en d'autres c'est un vivant 
qui entame le dialogue. 

2. Voy. p. 128. 


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MANUSCRITS, LANGUE, VERSIFICATION 11 

lecteurs : dès les incunables on a imprimé tantôt la 
rédaction de 168 vers, tantôt la rédaction amplifiée. 

La première a été publiée dans un petit imprimé 
gothique 1 , sans lieu ni date, qui a été réimprimé 
par A. de Montaiglon (Recueil de poésies françaises, 
V, 60). La même rédaction a été imprimée, d’après K , 
dans les Mémoires de VAcadémie d’Arras , XXX (1858), 
205. Le texte de L a été publié par Crapelet à la suite 
de sa seconde édition des Vers de la Mort de Thibaud 
de Marly 2 (Paris, 1835). 

La rédaction amplifiée a été publiée par Guyot 
Marchant, à la suite de la Danse macabre, en 1486, 
et elle a été imprimée dans ces conditions à plusieurs 
reprises 3 . Le texte publié dans Y Alphabet de la mort 
reproduit celui de R , mais il en supprime toute la con¬ 
clusion. 

Quelles sont les relations qui unissent les mss. ? 
L’étroite parenté de RS est attestée par les vers qui 
manquent aux autres mss. et par des variantes aux 
vers 75, 86, 95, etc. Quant aux autres mss. leurs rap¬ 
ports sont moins évidents ; il semble cependant que 
LQRST forment une famille en face de K d’après les 
vers 149, 187 4 . Ce rapport résulte aussi des combinai¬ 
sons partielles suivantes : QRST vont ensemble au 

1. Brunet, Manuel , V, 963. 

2. Plus exactement d’Hélinand; p. p. Fr. Wulff et Em. Wal- 
berg, Paris, 1905 (Soc. des anc. textes). 

3. Brunet, Manuel, II, 490 ss. 

4. Les imprimés gothiques vont avec le groupe des cinq 
manuscrits. 


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12 


INTRODUCTION 


vers 222 ; RST aux vers 193, 254, 270, 273 ; QRS aux 
vers 73, 241 ; LQT aux vers 72, 209 ; LRS au vers 217. 

Les rapports des mss. peuvent être représentés 
ainsi : 


x 

i 

K 

Le texte critique suit la rédaction amplifiée, cepen¬ 
dant la disposition typographique permettra de dis¬ 
tinguer aisément ce qui a été ajouté au texte primitif. 
Nous prenons K comme base en le complétant par R. 

En ce qui concerne la langue cette pièce présente les 
particularités suivantes : 

ai rimant avec e : naistre : estre (203-204) ; — 
ts rimant avec s : consens : sens (181-82), destrois : 
trois (225-26). — La déclinaison n’existe plus ; — no , 
pronom poss. au sing. (187). 

Voici les traits graphiques du ms. K : iau < èl -f- 
cons. : biaus (76) ; — aul pour au : fauU (74) ; — 
i pour ei (oi) : cognissance (257) ; — u pour o : 
corrumpablez (240), summez (263) ; — alternance de 
c et ch : meschanz (93), escaperez (120) ; — absence 
de la dentale entre l, n et r : vaurroient (84), deven- 
ronz (226) ; — échange de s et z. 

Les strophes du poème sont de 28 ou de 36 vers 
octosyllabiques. Le préambule et la conclusion sont 



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MANUSCRITS, LANGUE, VERSIFICATION 13 

en vers décasyllabiques. Le préambule comprend 
cinq strophes de 14 vers avec ces rimes a a b a a b b 
c c d d e d e. La conclusion se compose de trois strophes 
de 16 vers avec ces rimes ababbccddeeffbfb. 
La troisième strophe est suivie de cinq vers rimant en 
f f b £ b. Les strophes de la conclusion sont à refrain. 

6. Le fragment des Trois mortes et des trois vives. — 
Ce petit fragment inédit, conservé par le ms. J, est 
constitué par une strophe de douze vers, à laquelle le 
dernier manque, rimant en a a b a a b b b a b b [a], 
(strophe dite d’Hélinand). 


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II 


ANALYSE ET CLASSEMENT DES POEMES 

Les poèmes que nous nous proposons d’étudier appar¬ 
tiennent aux provinces du Nord ; les quatre premiers 
ont été composés dans la seconde moitié du xm e siècle, 
le cinquième au xiv e . Ils ne revêtent pas tous la même 
forme : les uns ont la forme narrative, l’entretien 
des vivants et des morts y est précédé d’un récit qui 
fait connaître les circonstances de l’étrange rencontre ; 
d’autres ne contiennent que le dialogue. 

1. Poème de Baudouin de Condé. — Baudouin était 
ménestrel à la cour de Marguerite II, comtesse de 
Flandre (1244-80) L II a composé pour la haute 
société une vingtaine de dits moraux avec la verve 
parfois satirique qui se manifeste dans celui que nous 
étudions ici. 

A trois jeunes vaniteux apparaissent trois hideux 
cadavres. Le premier vivant est tellement épouvanté 
qu’il veut fuir. Le second est d’avis qu’il faut tirer 
profit de cette apparition, envoyée par Dieu. Le troi¬ 
sième considère l’horrible aspect qu’offrent les ca¬ 
davres. Le premier mort dit qu’ils ont été aussi beaux 

1. Grundriss d. rom. Phil., II 1 , 840. 


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ANALYSE DES POEMES 


15 


que les jeunes compagnons : lui-même était duc, 
l’autre comte et le troisième marquis. Le deuxième 
rappelle que la mort terrasse également les grands et 
les petits : c’est la conséquence du péché d’Adam. 
Le troisième parle de la mort, contre laquelle personne 
n’a d’assurance et devant laquelle il n’y a qu’une ga¬ 
rantie : faire le bien et fuir le péché. 

Ce petit poème, d’un style travaillé, est plein cepen¬ 
dant de mouvement et de vie. Le préambule en est 
rapide, les propos des vivants expriment bien leur 
impression et leur effroi. Dans d’autres pièces, les vi¬ 
vants s’étendront sur des idées qui sont mieux à leur 
place, ici, dans la bouche des morts. L’heureuse dis¬ 
position du poème assure, en somme, à la pièce de 
Baudouin un intérêt qui dure du commencement 
jusqu’à la fin et c’est en cela qu’elle se distingue des 
autres. 

2. Poème de Nicole de Marginal. — La pièce pré¬ 
cédente manque d’une conclusion racontant la sépa¬ 
ration des morts et des vivants ; on en trouve une 
dans la rédaction, toute factice, de Nicole. 

Le préambule conte l’apparition de trois cada¬ 
vres à trois orgueilleux damoiseaux. Les damoiseaux 
considèrent le piteux aspect des morts et font 
successivement leurs réflexions. Ensuite les morts 
leur adressent tour à tour des exhortations. Le troi¬ 
sième nous apprend que le premier de ses compagnons 
était évêque, l’autre comte et lui roi ; ils sont tombés 


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16 


INTRODUCTION 


tous trois dans les griffes du diable. Les cadavres 
quittent les damoiseaux qui restent tout effrayés et 
renouvellent leurs pieuses résolutions. La pièce se ter¬ 
mine par une exhortation de l’auteur à implorer la 
protection de Notre-Dame. 

3. Diex pour trois peceours retraire. — Dans l’en¬ 
semble, cette pièce ressemble à celle de Baudouin de 
Condé ; c’est seulement l’ordre des interlocuteurs qui 
y est différent : le premier mort parle après le premier 
vivant et ainsi de suite alternativement. Au point de 
vue esthétique la pièce est très médiocre, le style en 
est bizarre, hérissé d’obscurités. Quant au fond, c’est 
une satire des ecclésiastiques indignes. 

Le poète se propose de raconter fidèlement une his¬ 
toire vraie. Trois orgueilleux princes ont rencontré, 
dans un cimetière où ils se sont égarés, trois squelettes 
ranimés. Ils disent tour à tour leur frayeur et font leurs 
réflexions. Les morts révèlent leur ancienne situation : 
le premier était pape, l’autre cardinal et le troisième 
notaire du pape. Ils confessent leurs injustices, qui 
ont causé leur damnation, et adressent des exhorta¬ 
tions aux vivants. 

4. Conpainsj vois tu ce que je voi ? — Ce poème pré¬ 
sente une certaine ressemblance avec celui de Nicole 
de Margival qui l’a probablement imité. Il en diffère 
par l’absence de préambule et de conclusion. 

Trois compagnons expriment l’un après l’autre leurs 
réflexions sur le sort commun à tous, le jugement 


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ANALYSE DES POEMES 17 

dernier, les peines de l’enfer. Après quoi trois cadavres 
les exhortent successivement en insistant sur des idées 
analogues 1 . 

5. Se nous vous aportons nouvellez. — Ce poème a deux 
rédactions : la première ne contient que le dialogue, 
l’autre, sensiblement postérieure, comprend en outre 
un préambule et une conclusion. C’est cette dernière 
rédaction qui s’est le plus répandue. Les morts 
prennent la parole avant les vivants. La pièce se dis¬ 
tingue par la force et le pathétique de l’exhortation. 

Un ermite invite tout le monde à venir entendre 
son récit. Il a vu comment trois brillants cavaliers 
ont rencontré trois squelettes et il veut raconter 
fidèlement leur dialogue. Le premier mort rappelle 
la mort inévitable et le sort final réservé au corps. 
Le second insiste sur la folie des hommes qui 
se résignent à perdre le paradis pour des biens ter¬ 
restres. Le troisième menace les mortels de la justice 
divine qui se venge à l’improviste. Des trois vivants 
le premier se lamente sur la nécessité de mourir et sur 
les misères de cette vie. Le second se repent de son 
aveuglement. Le troisième remarque que Dieu ne veut 
pas leur perte, puisqu’il leur envoie cette apparition 
qui doit leur servir d’exemple. Dans la conclusion nous 
trouvons une chaleureuse exhortation et de nouveau 
cette idée que la mort vient sans qu’on s’y attende. 

1. Pour le rapport de ce texte avec des représentations figu¬ 
rées, voy. p. 40. 

2 


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18 


INTRODUCTION 


6. Le fragment des Trois mortes et des trois vives. — 
Le début qui nous reste de ce poème, perdu ou ina¬ 
chevé, présente une certaine ressemblance avec celui 
de Baudouin de Condé ou de Nicole de Margival. On 
l’a traité injustement de parodie 1 . 


C’est une tâche délicate que de préciser l’ordre 
dans lequel nos poèmes ont été composés. Cependant 
il semble évident qu’il n’y a point de chance pour 
que la priorité revienne à la composition de Nicole de 
Margival ou à la pièce III. Ce n’est qu’entre la pièce IV 
et celle de Baudouin de Condé qu’on peut hésiter. 
Grôber 2 suppose que Baudouin a été le premier à 
traiter en poésie le thème qui nous occupe. C’est une 
hypothèse difficile à prouver et par conséquent on ne 
peut pas trancher d’une façon certaine la question de 
savoir si la rédaction primitive était narrative ou sim¬ 
plement dialoguée. 

D’ailleurs, il faut remarquer que même la pièce IV 
contient, en germe, l’élément narratif ; voici de quelle 
manière y commencent les strophes : li secons vis dist, 
li tiers vis , qui estraint ses mains f dist et ainsi de suite. 
La forme purement dialoguée n’est représentée que 
par la pièce V, mais le goût très français du récit ne 
tarda pas à s’imposer et l’on a ajouté au dialogue une 
vaste introduction narrative. 

1. Grundriss d. rom. PhiL, II 1 , 865. 

2. Ibid., 841. 


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ANALYSE DES POEMES 


19 


L’impression générale qui se dégage de la lecture 
de nos textes est qu’ils se ressemblent d’une façon 
absolue. Nous venons d’insister sur leurs différences : 
elles concernent presque exclusivement la forme. Cette 
dernière a, du reste, un trait essentiel commun à tous 
les poèmes, savoir : la symétrie des tirades dites par 
les morts et les vivants. Il en résulte une certaine 
monotonie. 


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III 


LES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DES POEMES 

Les poèmes que nous venons d’analyser ont le 
même fond. Ils renferment tous le dicton : « Vous serez 
ce que nous sommes », ils montrent des vivants qui 
s’entretiennent avec des morts, ils présentent ceux-ci 
sous l’aspect de cadavres. Nous allons les examiner à ce 
triple point de vue. 

1. Vous serez ce que nous sommes. — Cet avertisse¬ 
ment épigrammatique des morts, si simple et si émou¬ 
vant, a été longtemps extrêmement répandu. On en a 
signalé des versions en plusieurs langues, notamment 
en latin, en français, en provençal, en espagnol, en 
italien, en allemand, en anglais 1 . Il a été employé 
comme inscription sépulcrale et développé dans un 
certain nombre d’épitaphes littéraires. 

Le célèbre cardinal-évêque d’Ostie, Pierre Damien 
(+ 1072), a fait sa propre épitaphe, que voici : 

Quod nunc es, fuimus; es quod sumus ipse futurus. 

His sit nulla fides, quae peritura vides. 

Fvivola sinceris praecurrunt somma veris, 

1. R. Kôhler, Der Spruch der Toten an die Lebenden, Kleinere 
Sehriften t hrsg. von J. Boite, II (1900), p. 27. 


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DES POÈMES 


21 



Succedunt brevibus saecula temporibus. 

Vive memor mortis, quo semper vivere possis. 

Quidquid adest, transit ; quod maifet ecce venit. 

Quam bene providit qui te, male munde, reliquit, 

Mente prius carni quam tibi carne mori. 

Coelica terrenis praefer, mansura caducis. 

Mens répétât proprium libéra principium. 

Spiritus alta petat, quo prodit fonte recurrat, 

Sub se despiciat quidquid in ima gravat. 

Sis memor, oro, mei ; cineres pius aspice Pétri. 

Cum prece, cum gemitu die : Sibi parce, Deug 1 . 

L’épitaphe de Pierre Comestor (-(- 1179 ?), com¬ 
posée par lui-même, contient une réflexion faite par 
des vivants : 

Petrus eram quem petra tegit, dictusque Comestor ; 

Nunc comedor. Vivus docui, nec cesso docere 

Mortuus ; ut dicat qui me videt incineratum : [hic est *. 

Quod sumus iste fuit, erimus quandoque quod 

Dans la Disciplina clericalis de Pierre Alphonse 
(composée au début du xn e siècle), se trouve une épi¬ 
taphe qui rappelle celle de Pierre Damien : 

Tu prope qui transis, ne dicis *aveto' résisté, 

Auribus in cordis hec mea verba tene : 

Sum quod eris ; quod es ipse fui, derisor amarae 
Mortis, dum licuit pace iuvante frui. 

1. Patrologia latina, t. 145, 968. 

2. Histoire littéraire de la France, XIV, 14. 


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22 


INTRODUCTION 


Sed, veniente nece, postquam sum raptus amicis 
Atque meis famulis, orba parente domus 
Me contexit ftimo deploravitque iacentem 
Inque meos cineres ultima dona dédit. 

Inde mei vultus corrosit terra nitorem 
Queque fuit forme gloria magna iacet, 

Meque fuisse virum nequeas agnoscere, si iam 
Ad visum fuero forte retectus humo. 

Ergo Deum pro me cum pura mente precare, 

Ut michi perpétua pace frui tribuat. 

Et quicumque rogant pro me, comportet in unum, 

Ut mecum maneant in regione poli 1 . 

La traduction en vers de la Disciplina , du second 
tiers du xm e siècle, connue sous le titre : Chastiement 
d'un père à son fils , contient la même épitaphe sous 
une forme plus développée. Le père raconte à son fils 
qu’un sage passant dans un cimetière a aperçu sur 
une tombe l’inscription suivante : 

O tu, qui passes bouche close 
Par la ou cors de geqt repose, 

Entent ce que ge te dirai, 

Ja do riens ne te mentirai : 

Itel con tu es, itel fui, 

Et tel seras comme ge sui. 

A la mort ne penssoie mie 
Tant con ge avoie la vie. 

En terre avoie grant richece, 

Dont je faisoie grant noblece, 

Terres, maisons et grant trésor, 

1. Exemplum XXXII. — Edition A. Hilka et W. Sôderhjelm, 
Sammlung mitlellat. Texte , 1, Heidelberg, 1911, p. 48. 


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ÉLÉMENTS DES POEMES 


23 


Dras et chevax, argent et or ; 

Mais or sui povres et cheitis 
Et parfont en la terre mis. 

‘ Ma grant beauté tote est alée, 

Ma char est tote degastée ; 

Molt est estroite ma meson, 

O moi n’a se vermine non. 

Et se tu ore me veoies, 

Ge ne quit pas que ce diroies, 

Que ge onques eüsse hom esté, 

Si sui ge ore du tout mué. 

Proiez le ceiestien roi, 

Merci ait de l’ame de moi. 

Tuit cil qui por moi proieront 
Et qui vers Dieu m'acorderont, 

Diex le [s] mete en son paradis, 

Ou nus ne puet estre chetis 1 . 

On a rapporté une inscription tumulaire auver¬ 
gnate, de 1270, qui concorde d’une façon absolue avec 
le début de l’épitaphe que nous venons de citer. La 
voici : 

Tu que la vas ta boca clauza, 

Guarda est cors qu’aisi repauza ; 

Tais co tu iest e ieu si fui 
E tu seras tais co ieu sui; 

Di pater noster e no t’enui 2 . 


Le dicton : « Vous serez ce que nous sommes » re¬ 
vient également comme leitmotiv dans tous les poèmes 


1. Barbazan-Méon, Fabliaux et contes. Paris, 1808, II, p. 179. 
Cf. ms. Bibl. Nat., fr. 19152, fol. 14 v°. 

2. Mémoires de l’Académie de Clermond-Ferrand^W I (1874), 
p. 123 ; cf. Romania, VI, 303. 


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24 


INTRODUCTION 


des Trois morts et des trois vifs \ mais il y est déve¬ 
loppé d’une manière tout autre que dans les épitaphes 
citées. Celles-ci présentent seulement une vague allu¬ 
sion à ce qu’il advient du corps après la mort, ceux-là 
contiennent une description toute réaliste du corps en 
putréfaction. 

On a signalé l’existence de notre dicton en Arabie 
dès avant l’époque de Mahomet. Faut-il en conclure 
que l’Occident l’a emprunté à l’Orient ? Reinhold 
Kôhler remarque judicieusement que l’idée de faire 
prononcer aux morts un avertissement est si simple 
et si naturelle qu’elle a pu naître spontanément en 
Occident comme en Orient 2 . A cette opinion M. Küns- 
tle en oppose une autre 8 . Il affirme non seulement que 
le dicton en question vient de l’Orient (ce qui est pos¬ 
sible), mais que le thème des Trois morts et des trois 
vifs s’y est formé tout entier et qu’il a passé de là 
en Occident. Voici les textes sur lesquels s’appuie cette 
théorie : 

Un petit poème attribué à Modhadh, roi de la Mecque, 
contient un avertissement mis dans la bouche des 
morts 4 . Cette petite composition ressemble aux épi¬ 
taphes précitées. 

Un récit arabe rapporte que le poète Adi passant 

1. I, 71-72,143-44 ; II, 47-48 ; III, 47 ; IV, 7,100 ; V, 28, 41- 
42, 92-95, 105-106, 226. 

2. Article cité , p. 37. 

3. Ousnr. cité, p. 40. 

4. Hammer-Purg8tall, Litteraturgeschichte der Araber, I, 1, 
Wien, 1850, p. 96. 


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ÉLÉMENTS DES POEMES 


25 


près d’un cimetière avec Noman, roi de Hira, lui dit : 
« Que le malheur soit loin de toi l Sais-tu ce que disent 
ces tombes ? Elles disent : « Nous fûmes ce que vous 
êtes, vous serez ce que nous sommes » 1 . » 

Ces textes ne prouvent en aucune façon la thèse 
de M. Künstle. Ils ne présentent point une évocation 
des morts devant les vivants et par conséquent il y 
manque ce qui est essentiel dans les poèmes que nous 
étudions. 

2. L'apparition des morts. — La croyance populaire 
suivant laquelle les morts peuvent apparaître aux 
vivants remonte aux temps les plus anciens. Les 
récits relatifs à ces étranges apparitions et entretiens 
se retrouvent même dans la littérature gréco-latine 2 . 
Au moyen âge ils prennent une allure morale et ascé¬ 
tique. Ils ont été exploités par les prédicateurs qui 
voulaient en tirer profit pour épouvanter les pé¬ 
cheurs 8 . 

La rencontre des morts avec des vivants étant le 
sujet de nos poèmes, il convient de se demander quel 
est leur rapport avec les légendes des revenants. 

1. Ibid., p. 183. 

2. Par exemple la belle légende grecque de Protésilas et Lao- 
damie. Protésilas était allé au siège de Troie, où il périt le 
premier des Grecs ; il obtint des dieux la grâce de pouvoir 
revenir consoler son épouse désespérée. 

3. B. Hauréau, Mémoire sur les récits d’apparitions dans les 
sermons du moyen âge (Mémoires de l’Académie des Inscriptions 
et Belles-Lettres, XXVIII, 2 e partie, 1876, p. 239). 


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26 


INTRODUCTION 


Considérons d’abord ce que disent les morts aux 
vivants. Dans les légendes, les revenants parlent de 
l’état des damnés et de celui des bienheureux, iis 
révèlent surtout leur propre sort, heureux ou misérable ; 
tandis que dans nos poèmes les morts insistent sur 
l'anéantissement du corps et ne parlent de la vie 
de l'au delà que tout à fait incidemment et d’une ma¬ 
nière vague. 

Il me souffist assez de dire 
De vos meschanz corps la misere 1 

dit l'un des cadavres, et ces deux vers mettent en relief 
le moyen par lequel nos poèmes visaient à ramener 
les pécheurs : c'est plutôt par la vision du corps rongé 
des vers que par celle de l’enfer. 

Il y a une autre différence encore. Dans les légendes, 
les morts reviennent généralement pour voir des 
personnes avec lesquelles ils étaient en rapport durant 
leur vie. Les revenants sont reconnus tout de suite et 
sans difficulté des vivants, et cela tient à ce qu'ils 
apparaissent à peine changés. Ils sont revêtus d’une 
apparence corporelle qui leur rend leur ancienne 
forme 2 . Le motif de la reconnaissance est forcément 

1. Poème V, 92-3. 

2. Hélinand, moine de Froidmont (mort après 1229), nous 
dit en effet : Animae defunctorum suorum peccatorum poenas 
lugentes multis apparere soient in eo habitu in quo prius 
vixerant : id est rustici in rusticano , milites in militari. (Heli- 
nandi Flores a Vincentio Bellovacensi collecti, cap. x, Patro- 
logia latina, t. 212, 731). 

* 


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ÉLÉMENTS DES POEMES 


27 


étranger aux poèmes des Trois morts et des trois vifs, 
parce que les morts s’y présentent sous l’aspect de 
cadavres décharnés. 

Telle est l’impression d’ensemble qui se dégage de 
la comparaison de nos poèmes avec les légendes. On 
est frappé d’abord des différences, néanmoins ceux-là 
offrent plus d’un trait propre à celles-ci. Dans telle 
pièce on trouve une allusion plus marquée à la damna¬ 
tion des trois morts 1 , dans telle autre les cadavres se 
révéleront comme les pères des trois vivants a , mais ce 
ne sont là que des détails étrangers au sujet com¬ 
mun des poèmes qui nous occupent. 

t 

3. U aspect des revenants. — L’originalité de notre 
thème réside en ceci : les morts se présentent aux vi¬ 
vants non sous l’aspect de fantômes, mais de cadavres 
en pleine décomposition ou de squelettes. Cependant, 
malgré la nouveauté de ce motif, on peut signaler 
quelques conceptions plus anciennes, qui semblent 
avoir avec lui une certaine analogie. 

On trouve dans les Vitæ Patrum une légende frap¬ 
pante : saint Macaire, ayant trouvé un crâne dans 
le désert, le toucha d’une baguette et le crâne lui 
décrivit les supplices infernaux 3 . 

1. Poèmes II, III. 

2. Poème allemand publié par Staphorst. 

3. Acta Sanctorum Ianuarii, 1,1011. Saint Macaire apprend 
que ce crâne était celui d'un prêtre payen dont l’âme souffre en 
enffer. Le crâne dit au saint que, lorsqu’il prie pour les damnés, 




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28 


INTRODUCTION 


On peut citer encore les diverses rédactions du 
Débat du corps et de Vâme *. Nous y voyons l’âme et 
le corps s’entretenir tantôt au moment de leur sépa¬ 
ration après la mort de l’homme, tantôt longtemps 
après la mort. 

En outre, il faut remarquer que la description 
réaliste du cadavre en putréfaction qu’on trouve dans 
les poèmes des Trois morts et des trois vifs n’est point 
une nouveauté dans la littérature : on en rencontre de 
semblables dans le Débat du corps et de Vâme. Inno¬ 
cent III a tracé un tableau poignant du corps en 
décomposition dans son traité : De contemptu mundi 2 . 
Ce qui est nouveau dans nos poèmes, c’est que les 
cadavres décharnés se raniment et se montrent ainsi 
aux vivants. Cette rencontre étrange va devenir un 
motif en vogue et c’est elle qui donne à nos poèmes 
leur profond intérêt. 

ils peuvent se voir entre eux, ce qui leur apporte quelque sou¬ 
lagement ; il lui fait savoir ensuite que les peines, que subissent 
ceux qui connaissaient Dieu durant leur vie, sont plus cruelles. 

1. Th. Batiouchkof, Romania, XX, 1, 513. 

2. L. III, cap. i, De putretudine cadaverum (Patrologia 
latina, t. 217, 735). 


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V 


IV 

LES POÈMES EN d’aUTRES LANGUES 

C’est en France que notre thème a eu le plus de vogue. 
En effet, nous n’en trouvons en d’autres langues que 
cinq rédactions en tout : trois poèmes en allemand, un 
en italien et un autre en latin. Ces compositions sont 
postérieures à l’apparition du « dit » des T rois morts et 
des trois vifs en France et elles dérivent directement 
ou indirectement des modèles français 1 . Nous allons 
les examiner successivement . 

1. M. Künstle croit rencontrer en Angleterre, dès le xii® siècle, 
le plus ancien texte relatif aux Trois morts et aux trois vifs 
(ouvr. cité , p. 30). La même opinion a été exprimée par Perger 
(Berichle und Mittheilungen des Alterthums-Vereines zu Wien , 
XV, 1875, p. 136) et je crois que c'est à lui que M. Künstle l’a 
empruntée. Le texte dont il s’agit est le poème, intitulé La- 
mentatio et deploratio pro morte , plus connu sous le titre Vado 
mori (voy. Francis Douce, The dance of death, London, 1833, 
p. 24 ; Willy F. Storck, Zeitschrift für deutsche Philologie , XLII, 
1910, p. 422). Il nous est parvenu par de nombreux manuscrits. 
Douce l’a attribué gratuitement à Gautier Map (né vers 1143, 
mort après 1208). Dans ce poème toutes les classes sociales se 
lamentent au sujet de la mort ; il n’a rien de commun avec le 
thème qui nous occupe. Suivant Perger et Künstle il y a un 
manuscrit du xiv® siècle où la Lamentatio est suivie d’un récit 
des Trois morts et des trois vifs. Y eût-il même un tel manuscrit, 
il serait néanmoins impossible d’attribuer ce récit à Gau¬ 
tier, d’autant plus que l’attribution du Vado mori à cet écrivain 
est erronée. 


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30 


INTRODUCTION 


i. Le poème bas-allemand publié dans Bragur 1 . — Le 
titre en est : « Des rois morts et des rois vivants », bien 
qu’il n’y soit pas question de rois, mais de trois riches 
et puissants seigneurs. Un jour d’été ils sont allés à la 
chasse, ils se sont égarés dans une forêt obscure avec 
un seul serviteur et la nuit les a surpris. Le serviteur 
monte sur un arbre, il aperçoit un feu mystérieux et 
ressent de l’inquiétude. Les seigneurs avancent, 
tout à coup les chevaux s’effrayent, les hommes cons¬ 
ternés invoquent Dieu et les saints. Alors trois ca¬ 
davres, tout mangés des vers, se présentent devant eux. 
Les seigneurs expriment successivement leur étonne¬ 
ment et se lamentent. Ensuite l’un des morts prend 
la parole et dit : « Nous fûmes trois seigneurs, com'me 
vous êtes, et vous serez ce que nous sommes 2 . » Il 

1. Bragur , ein litterarisches Magazin der deutschen und nor - 
dischen Vorzeit, hrsg. von Bockh und Gràter, I, 1791, p. 369. 
L’éditeur nous apprend qu’il a publié le texte d’après un manus¬ 
crit de la fin du xiv e siècle ; il déclare que le poème est en dia¬ 
lecte niedersæchsisch et il suppose qu'il remonte à la seconde 
moitié du xm e siècle. Le texte comprend 232 vers, en voici le 
titre et le commencement : Dit is van den doden koningen ind 
van den leuenden koningen. In cynre svysser sumer zyl. — Voy. 
Jahrbuch des Vereines für niederdeulsclie Sprachforschung, XI, 
104. — Perger, Ueber die Legende von den drei Todten und den 
drei Lebendigen, Berichte und Mitlheilungen des Alterthums - 
Vereines zu Wien , XV, 1875, p. 136. On y trouve une traduction 
en vers de cette pièce ainsi que de la suivante. — Perger (p. 136) 
et Künstle ( ouvr . cité, p. 36) disent que la pièce est écrite en 
haut-allemand. C’est une erreur. 

2. Wir waren dry herren as ir syt, 

Ayn syn wir nu der hirschafl quyt ; 

Dat wir syn dat moist ir werden, 

Want ir moist werden zo der erden. 


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POÈMES EN D’AUTRES LANGUES 


31 


nous apprend qu’il était margrave, que l’autre était 
duc et le troisième comte. Puis il parle de la mort qui 
exerce sa puissance sur le monde entier et il dit qu’il 
ne décrira pas la peine qu’ils subissent. Les vivants 
consolent les morts et, lorsque le jour est arrivé, 
ils sortent de la forêt tout en se confiant leurs réflexions; 
ils prennent la résolution d’expier leurs péchés en 
fondant des églises et des monastères. 

Dans ce poème l’élément narratif est prépondérant. 
Ce qui est le plus frappant, c’est qu’un dialogue tout 
naturel se substitue aux six tirades disposées symé¬ 
triquement. 

# 

2. Le poème bas-allemand publié par Staphorst 1 . — 
Le cadre de ce poème est également une partie de 
chasse, mais le récit est moins riche que dans le pre¬ 
mier, les discours occupent ici la place principale. 

Trois rois sont à la chasse. L’un dit : « Reposons-nous 
et buvons gaiement », mais il vient à un autre de tristes 
pensées au sujet de leurs pères morts. Tout à coup 
trois cadavres apparaissent devant eux. L’un des 


1. Staphorst, Hamburgische Kirchengeschichte, 1. Tl, IV. Bd., 
Hamburg, 1731, p. 263. Le poème compte 300 vers environ, 
en voici le titre et le commencement : Van dren konyngen . 
In Godes namen sin aile dingh. Cette rédaction est probablement 
postérieure à la précédente (voy. Jahrbuch d. V. /. niederd. 
Sprachf., XI, 104). — Dans le livre de M. Künstle (p. 36) la 
phrase : Der Verjasser behauplet... für jünger halten, ne se 
rapporte pas à la pièce en question, mais à la précédente. Dans 
le Grundriss d. germ. Phil., II 1 , 429, ce poème est appelé à tort 
un fragment. 


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32 


INTRODUCTION 


rois dit sa frayeur, l’autre parle de l'horrible aspect 
des morts et il se lamente, le troisième suppose que 
ce sont justement leurs propres pères que Dieu leur 
envoie. Les morts disent : « Nous sommes vos pères ; 
nous fûmes ce que vous êtes, vous serez ce que nous 
sommes *. » Ensuite chacun des morts prend la pa¬ 
role à son tour : le premier les exhorte à fuir le péché, 
Pautre, à être des seigneurs débonnaires et justes, le 
troisième se confesse et il fait allusion au jugement 
dernier et à l’enfer. Le poème se termine par un dia¬ 
logue de six strophes, dans lequel chaque roi exprime 
ses réflexions et reçoit un conseil de son propre père. 

3. Le poème allemand publié par Künstle *. — Ce 
poème est purement dialogué, comme la cinquième 
pièce française. C’est le dialogue de trois rois vivants 
avec trois rois morts. Quant à la disposition des ti¬ 
rades, celle du premier vivant suit celle du premier 
mort, etc., alternativement. 

Le premier mort commence par le dicton connu 8 , 

1. Wy sin juwer drier vader 

Wat gy sint dat were wy 
Wat wy sin dat werde gy. 

2. Ouvr.cité, p. 38. Le texte (de 109 vers) a été conservé par 
un manuscrit du xv® siècle (voy. Künstle, p. 37), Il est orné de 
miniatures. Le titre en est : Dis ist der welte Ion , l’explicit : Hie 
haut die doden und die künige ein ende. D’après l’éditeur l’auteur 
du poème doit être Alsacien. 

3. Wir sint dot, so lebent ir, 

Der ir sint, der worent wir. 


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POÈMES EN D’AUTRES LANGUES 33 

il parle de ses richesses et de sa puissance passées. 
Le premier vivant fait la satire du monde. Le deuxième 
mort dit que rien ne résiste à la mort. Le deuxième 
vivant se lamente sur la misère de l’homme. Le troi¬ 
sième mort se demande comment on peut se plaire 
dans ce monde trompeur ; lui, il était plus beau que 
le vivant à qui il s’adresse, maintenant il est hideux. 
Le troisième vivant commence par une série d’excla¬ 
mations plaintives ; il dit qu’il ne trouvera plus de 
plaisir dans ce monde et qu’il redoutera la mort jus¬ 
qu’à la fin de ses jours. 

4. Le poème italien est du xiv e siècle, il comprend 
six strophes de huit vers 1 . Il ressemble à la quatrième 
pièce française. Les vivants sont des rois comme dans 
les textes allemands. 

Le premier, épouvanté par la vision, ctnçoit un 
grand mépris des plaisirs du monde et de toutes les 
choses terrestres. Le second dit son effroi et sa résolu¬ 
tion de fuir le péché ; il remarque qu’après la mort 
l’homme fait horreur même à ses proches 2 . Le troi¬ 
sième insiste sur la vanité des richesses et des splen¬ 
deurs. Le premier mort dit qu’ils ont été également des 

1. Publié par E. Monaci, Giornale di filologia romanza , I, 
1878, p. 243, d’après un manuscrit du xiv e siècle, du Vatican 
(Ottoboni, 1220, fol. 56 v°). Suivant l’éditeur le texte est de 
l’Italie méridionale. 

2. Cha poy che 1* omo more, da tucte è despreczatu ; 
ne parente, ne filgu, ne amico nond è niente amato. 

Cf. poème IV, 105-6. 

3 


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34 


INTRODUCTION 


rois puissants et que maintenant ils sont misérables 1 . 
Le second déplore sa situation et son hideux as¬ 
pect. Le troisième, qui est le plus décharné *, insiste 
sur l’aveuglement du monde et invite les vivants à 
faire pénitence. 

A propos de ce petit poème il convient de rappeler 
que l’Italie avait, dès le xm e siècle, une composition 
qui n’est pas sans analogie avec le thème qui nous 
occupe, c’est le Débat du vivant avec le mort 8 . Cette 
composition présente un dialogue fictif (et non pas 
une rencontre réelle) avec le cadavre en putréfaction ; 
elle se rattache au genre en vogue des contrasti 4 . 

1. Lo primo mortu prese a dire : nui fuimo corne vuy syte, 
re prudentissimi, dilectosi e arditi ; 

ora simo vile, cussi vui tornarite. 

2. Lo»terzo mortu dixi, lo quale è-ppiù disfacto. 

Cf. poème IV, 121. 

3. Contrasta del vivo e del morto , attribué au célèbre poète 
franciscain Jacopone da Todi. Voy. J. da T., Poesie spirituali, 
p. p. Tresatti, 1617, p. 409 ; cf. Vigo, Danze macabre in Italia, 
2 e éd. (Bergamo, 1901), p. 95. 

4. Des remaniements, un toscan et un florentin, du Livre 
d'Uguçon da Laodho, renferment un passage qui ressemble au 
texte précité, mais le cadavre n’y parle pas. Voy. G. Bertoni, 
Un rimaneggiamento ioscano del « Libro » di Uguçon da Laodho , 
v. 452-523 (Studi medievali, I, p. 251) ; id., Un rimaneggiamento 
fiorentino (Rendiconti délia R. Academia dei Lincei, Sc. mor., 
ser. V, vol. XXI (1913), p. 650). — Au Contrasto del vivo e del 
morto succéda le Contrasto délia Morte col uomo (p. p. V. Finzi, 
Propugnatore, VI, 2, 1893, p. 171 ss.). Je n'ai pas examiné la 
diffusion de ce dernier thème ; j’indique cependant un poème du 
xv® siècle en polonais, qui présente un dialogue du Maître et de 
la Mort (p. p. J. Rozwadowski, Materyaly i prace komisyi 
jçzykowej, I, Cracovie, 1904, p. 181). 


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POÈMES EN D’AUTRES LANGUES 35 

5. Le poème latin se compose de 45 strophes de 
quatre vers à rimes croisées 1 . Il diffère essentiellement 
des autres poèmes : les cadavres n’y apparaissent 
pas ressuscités, mais les vivants arrivent près des tom¬ 
beaux ouverts et l’horrible spectacle leur suggère 
diverses réflexions. Le premier des vivants parle du 
néant de l’homme et de la puissance de la mort qui 
terrasse les grands et les petits, les vieux et les jeunes ; 
il s’adresse, ensuite, aux morts en leur demandant 
où sont leurs splendeurs et leurs richesses. Puis, le 
troisième mort prend la parole (le poème ne fait pas 
mention du deuxième), il exprime les mêmes ré¬ 
flexions en insistant davantage et en adressant une 
exhortation aux vivants 2 . 

On a attribué cette pièce à saint Bernard de Clair- 
vaux (1091-1153) 3 . Cette attribution n’est guère 
fondée. En réalité, il faut rattacher la pièce aux pein¬ 
tures, dont la fresque du Campo santo de Pise est le 
plus illustre exemple, qui présentent des vivants 

1. Publié par Vigo, Dame macabre, 2 e éd., p. 82 ; réimprimé 
par Künstle, ouvr. cité, p. 33. En voici la première strophe : 

Cum apertam sepulturam 
Viri très aspicerent 
Ac orribilem figuram 
Intus esse cernerent. 

2. On retrouve dans ce poème le dicton connu : 

Quod nos sumus hi fuere 
Nosque taies erimus (strophe 5). * 

Hi fuere quod vos estis (strophe 25). 

3. Giuseppe Ferraro, Poesie popolari religiose del sec. XIV, 
Bologna^l877, p. 14 (Scella di curiosité letterarie , 152). 


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36 


INTRODUCTION 


à côté de bières contenant des cadavres en putréfac¬ 
tion (voy. p. 43). Le poème en question est conservé 
dans un manuscrit de la première moitié du xv e siècle 1 
(Ferrare, 211, N B 1) ; il n’y a pas de raison de croire 

qu’il ait été composé longtemps avant cette époque. 

# 

Après avoir analysé les poèmes français et ceux qui 
ont été composés en d’autres langues, remarquons 
qu’ils se présentent tantôt sous la forme de poèmes 
narratifs et tantôt sous celle de simples dialogues, 
et que la fortune de la première forme a été beaucoup 
plus considérable. 

1. Ibid., p. 10. 


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y 


LES REPRÉSENTATIONS FIGUREES DANS LEURS RAPPORTS 

AVEC LES TEXTES 

Les représentations figurées des Trois morts et des 
trois vifs sont très nombreuses ; ce sont d’une part 
des miniatures ou des gravures qui ornent les textes, 
d’autre part des fresques, des tableaux, des bas-reliefs, 
des vitraux 1 . Nous tâcherons de déterminer les rap¬ 
ports qu’il y a entre ces compositions et les poèmes. 

1. Les miniatures. — Parmi les manuscrits, qui nous 
ont conservé les poèmes réunis ici, neuf seulement 
contiennent des miniatures. Les voici avec l’indication 
des textes qu’elles accompagnent : 

A 2 Trois miniatures presque identiques encadrées dans les 
majuscules initiales : trois jeunes nobles dont l’un porte 
un faucon sur le poing, trois squelettes (voy. planche 2*), 
(poèmes I, II, III). 

B Deux miniatures différentes : 1° (fol. 1) trois jeunes 
nobles dont l’un tient un faucon, trois squelettes 
dont deux sont couverts d’un linceul (poème I) ; — 

1. K. Künstle, Die Legende der drei Lebenden und der drei 
Toten und der Totentanz % p. 41-62. 

2. Je rappelle que ABC sont des mss. du xiii® s., HKMNO 
du xiv®, R du xv e . 


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38 


INTRODUCTION 


2° (fol. 7 v°) la miniature se compose de deux parties, 
d’une part une nonne entre deux squelettes couverts 
d’un linceul, de l’autre un squelette ayant à sa droite 
une dame en gris et à sa gauche une autre dame 
richement parée (voy. planche 3 a ) (poème IV). 

C Une miniature semblable à celle du ms. B (fol. 1), 
mais d’un dessin plus parfait 1 (poème I). 

H Fol. 320 v° : trois jeunes nobles dont l’un porte un fau¬ 
con sont à cheval ; fol. 321 r° : trois morts dont l’un 
seulement est un squelette ; on aperçoit des cercueils 
ouverts (poème IV). 

K Un roi, un religieux et un damoiseau tenant un faucon; 
d’autre part trois cadavres 2 : l’un porte le couvercle 
de sa bière, l’autre une pelle, le troisième est cou¬ 
vert d’un linceul ; entre les vivants et les morts 
s’élève une grande croix (voy. planche 3 b ) (poème V). 
M Trois jeunes gens sur des chevaux qui prennent peur, 
un faucon s’envole de la main de l’un d’eux ; trois 
cadavres : le premier porte un cercueil, l’autre est 
couvert d’un linceul ; au milieu s’élève une croix monu¬ 
mentale (remaniement du poème IV). 

N Trois hommes brillamment parés, dont l’un porte un 
faucon, devant trois cadavres ; le cadre est un cimetière 
(voy. planche 2 b ) (poème IV). 

O Trois jeunes rois dont l’un tient un faucon, trois sque¬ 
lettes dont deux sont couverts d’un linceul ; cf. les 
miniatures de BC (voy. planche 1) (poème IV abrégé). 
R La miniature se subdivise en trois parties; fol. 17 v° : 
un ermite devant une chapelle ; fol. 19 v° : trois 

■ 

1. Reproduite par Mâle, L'Art religieux de la fin du moyen âge t 
p. 385. 

2. Les morts que j’appelle cadavres, par opposition aux 
squelettes, sont représentés tantôt comme momies desséchées, 
tantôt comme cadavres aux chairs en pourriture. 


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REPRÉSENTATIONS FIGURÉES 


39 


cadavres couverts d’un linceul à côté d’une grande 
croix ; fol. 20 r° : trois jeunes nobles à cheval (voy. 
planche 4) (poème V). 

Examinons les rapports des miniatures avec les 
textes. En ce qui concerne la façon dont les morts sont 
représentés, nous voyons tantôt des squelettes, tantôt 
des cadavres. Dans ce dernier cas, ils sont ou bien tous 
également corrompus ou bien dans un état de putré¬ 
faction plus ou moins avancé. Les textes sont à ce 
point de vue assez peu précis ; cependant d’après 
une indication des pièces I (v. 52) et IV (v. 121), ainsi 
que d’après la pièce italienne, il faut admettre que les 
trois morts n’apparaissent pas décharnés au même 
degré. Remarquons, en passant, que tel mort tient 
une pelle, tel autre un cercueil (voy. planche 3 b , 
cf. la miniature de M) ; ces détails accessoires n’ont pas 
d’équivalent dans les poèmes. 

Quant aux vivants, ils donnent lieu à des constata¬ 
tions plus importantes. 

Quelques miniatures sont plus précises que les textes ; 
les jeunes gens y apparaissent à cheval (HMR), 
tandis que les textes ne font pas mention de chevaux. 
Cette dernière donnée se trouve seulement dans le 
préambule de la pièce V (vers 44, 62). 

Deux miniatures sont formellement en contradic¬ 
tion avec les poèmes, ce sont celles qui présentent 
trois femmes ou trois hommes appartenant aux diffé¬ 
rentes classes de la société (voy. planche 3). Or, il faut 
remarquer que les poèmes des T rois morts et des trois 


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40 


INTRODUCTION 


vifs mettent toujours en scène des personnages de 
même classe, de même condition et de même âge. 
Est-ce donc une fantaisie des miniaturistes, ou bien 
ont-ils eu sous les yeux d’autres peintures pour 
modèles ? 

Dans certaines miniatures le troisième vivant se tord 
les mains (voy. planches 1, 2*, cf. la miniature de C). 
Nous trouvons le même détail dans la pièce IV (v. 49). 

Notons enfin une particularité qui se rencontre 
dans les peintures en question : un des vivants porte 
un faucon, l’oiseau qui est l’emblème des nobles. Cette 
particularité se retrouve dans la pièce IV (v. 74), où le 
premier mort, faisant allusion à la fortune des jeunes 
gens, dit : N'oubliés pas pour cel oisel. 

Les données du poème IV concordent d’une façon 
absolue avec les détails des représentations figurées. 
L’auteur de ce poème a-t-il eu sous les yeux une 
peinture dont il s’est inspiré ? 

2. La diffusion du thème dans l'art. — La plus an¬ 
cienne fresque qui nous est parvenue est celle de l’église 
de Sainte-Ségolène de Metz 1 . Elle paraît remonter 
au xm e siècle, elle ressemble aux trois miniatures du 
manuscrit A. 

Dès le début du xiv e siècle les peintures qui nous 
intéressent ont existé aussi en Angleterre et en Savoie. 

1. G. Boulangé, Revue d’Austrasie, 1853, p. 197 (reproduction). 
— F. X. Kraus, Kunst und Altertum in Elsass-Lothrigen, III 
(1889), p. 433 (reproduction 97). 


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REPRÉSENTATIONS FIGURÉES 


41 


On nous apprend, en effet, que le comte de Savoie, 
Amédée V, acheta à Londres, en 1303, deux tableaux 
des Trois morts et des trois vifs K 

Au xiv e et au xv e siècle notre thème prend de plus 
en plus de place dans l’art, et sa vogue se prolonge en¬ 
core au xvi e siècle. 

En France ce « fut un des sujets qui furent le plus 
souvent proposés aux peintres décorateurs 2 ». On en 
trouve encore aujourd’hui de nombreux monuments, 
par exemple à Saint-Riquier 3 en Picardie, à Kerma- 
ria 4 en Bretagne, à Antigny 5 (Vienne), à Jouhé 
près d’Antigny, à Parthenay 6 (Deux-Sèvres), dans le 
Midi à Rocamadour 7 (Lot). Les vivants sont à che¬ 
val ; dans la fresque d’Antigny on a reconnu un che¬ 
valier, une dame et un damoiseau. 

Jean, duc de Berry, fit exécuter, en 1408, un bas- 
relief représentant les Trois morts et les trois vifs pour 
orner l’église des Saints-Innocents à Paris 8 . 

1. Luigi Cibrario, Origine e progressi dette istituzioni delta 
monarchia di Savoia, 2 e éd., Firenze, 1869, II, p. 78. 

2. Mâle, L’Art religieux de la fin du moyen âge, p. 387-88. 

3. Langlois, Danses des morts , II, p. 187, planche 47. 

4. F. Soleil, La Danse macabre de Kermaria, Saint-Brieuc, 
1882, p. 26 ; cf. le même, Les Heures gothiques et la littérature 
pieuse aux XV e et XVI e siècles , Rouen, 1882, p. 286. 

5. Auber, Histoire et théorie du symbolisme religieux avant et 
depuis le christianisme, 4 v., Paris, 1870-71, III, p. 90. 

6. Revue de l’art chrétien, 1891, p. 263. 

7. E. Rupin, Roc-Amadour, Paris, 1904, p. 288. 

8. Du Breul, Les Antiquitez de la ville de Paris, Paris, 1640, 
p. 538. L’église en question se trouvait non loin des Halles cen¬ 
trales. 


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42 


INTRODUCTION 


Nous connaissons déjà une fresque à Metz, on 
en trouve une autre dans cette ville, à l’abbaye de 
Notre-Dame de Clairvaux l . On y voit trois cavaliers 
près des trois morts qui sont couchés dans leurs 
cercueils. Dans le cimetière de Briey, près de Metz, un 
bas-relief du xvi e siècle représente un noble, un guer¬ 
rier et un religieux qui se trouvent soudain face à 
face avec le diable, une faux à la main, et avec 
deux squelettes armés d’un javelot 2 . 

On a signalé en Angleterre des peintures murales 
du xiv e siècle à Ditchingham (Norfolk) et à Battle, 
près d’Hastings (Sussex) 3 . 

En Hollande on a trouvé une peinture se rappor¬ 
tant à notre thème dans l’église de Saint-Martin, à 
Zalt-Bommel 4 . Elle doit remonter à la première moitié 
du xiv e siècle. 

En Allemagne on trouve des peintures du même 
genre à Badenweiler 6 et à Ueberlingen 6 (grand-duché 
de Bade) : dans la première on voit trois rois, à diffé¬ 
rents âges de la vie, à côté de trois cadavres ; dans la 
seconde, trois damoiseaux. 

En Italie notre thème a inspiré, vers 1350, un chef- 

1. Ch. Abel, Mémoires de la Société d’archéologie et d’histoire 
de la Moselle, VIII, Metz, 1866, p. 28. 

2. Ibid., p. 30. 

3. Archaeological Journal, V, 1848, p. 69 (reproduction de la 
peinture de Ditchingham). 

4. A. Michiels, Histoire de la peinture flamande, I, 2 e éd., 
Paris, 1865, p. 419-23. 

5. Künstle, ouvr. cité, p. 50. 

6. Ibid., p. 8 et 59, planche I. 


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REPRÉSENTATIONS FIGURÉES 


43 


d'œuvre, la fresque du Campo santo de Pise 1 . De 
brillants cavaliers accompagnés de dames et d’écuyers 
vont à la chasse, ils se trouvent soudain en face de 
trois bières ouvertes. Un ermite leur désigne les ca¬ 
davres qui y sont couchés, dont l’un n’est plus qu’un 
squelette. Il semble que l’artiste n’ait pu se résigner 
à représenter debout un cadavre en putréfaction, 
ce qui est, en effet, une conception bizarre. Malgré 
les différences de détail avec les peintures fran¬ 
çaises, la fresque du Campo santo en dérive 2 . On 
trouve en Italie plusieurs peintures analogues 3 . 

Ces indications sommaires suffisent à mettre en 
évidence les formes variées que revêt notre thème. 
En ce qui concerne les vivants, ce sont trois jeunes 
seigneurs, debout à l’origine, puis à cheval ; on ren¬ 
contre aussi quelquefois d’autres personnages, hommes 
ou femmes, de différents âges et de conditions di¬ 
verses. Quant aux morts, ce sont des squelettes ou des 
cadavres debout, sauf dans une série de composi¬ 
tions où ils gisent étendus dans leurs cercueils. 

Notons, en outre, une déviation frappante par 
rapport au thème primitif : dans certaines composi- 

1. Voy. Dobbert, Repertorium für Kunstwissenschaft, IV, 
p. 1 ; Vitzthum, ibid., XXVIII (1905), p. 199 ; Vigo, Danze 
macabre , 2 e ed., p. 51 ; A. Michel, Histoire de l’art, II (1906), 
p. 900; A. Venturi, Storia dell’ arte italiana,\ (1907), p. 727. 

2. Suivant la démonstration lumineuse de M. Vitzthum 
(art. cité, p. 218). 

3. W. F. Storck, Repertorium für Kunstwissenschaft, XXXIII 
(1910), p. 494, note 5. 


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44 


INTRODUCTION 


tions les morts prennent des attitudes hostiles envers 
les vivants, on les voit notamment armés d’un trait 
qu’ils sont prêts à lancer sur eux 1 . On voit quelque¬ 
fois trois cavaliers qui décampent au plus vite 2 . 

Les représentations figurées de notre thème sont 
d’ordinaire accompagnées d’inscriptions : c’est sou¬ 
vent un dicton sur la mort inévitable, quelquefois 
elles sont d’une certaine étendue (voy. Appendice). 

Origine du thème. — Une fois le fait établi que les 
poèmes et les peintures relatifs aux Trois morts et aux 
trois vifs apparaissent à peu près en même temps, 
nous nous trouvons en présence du problème de l’ori¬ 
gine du thème. Est-ce le poète qui l’a mis en œuvre 
le premier et le sujet s’est-il imposé ensuite à l’icono¬ 
graphie ou bien est-ce le contraire ? Il n’y a pas de 
raison matérielle qui tranche la question d’une façon 
absolument sûre. Il reste donc à examiner les condi¬ 
tions du problème, en se demandant s’il n’y a pas de rai¬ 
son interne pour donner la priorité soit à la littérature, 
soit à l’iconographie. 

Admettons que notre thème ait été traité d’abord 
en poésie. Comment expliquer alors une innovation 
qui est en désaccord avec la tradition antérieure : 

1. Voy. par exemple la fresque de Saint-Riquier, le bas-velief 
de Briey. 

2. Par exemple la fresque de Kermaria ou une miniature re¬ 
produite par P. Durrieu, Chantilly , Les très riches heures de Jean 
de France, duc de Berry. Paris, 1904, planche 45. 


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REPRÉSENTATIONS FIGURÉES 


45 


les morts apparaissent aux vivants sous l’aspect de 
cadavres complètement décharnés ? Les squelettes 
qui marchent et qui parlent ne nous étonnent pas au¬ 
jourd’hui, le romantisme nous les a rendus familiers, 
mais au xm e siècle c’était une conception bien nou¬ 
velle et bien étrange. Une autre particularité frap¬ 
pante de nos poèmes, c’est la symétrie des tirades 
dites par les morts et les vivants ; la disposition n’est 
pas identique partout, elle est cependant partout 
symétrique. Comment expliquer la régularité de la dis¬ 
position qui est le trait constant des poèmes ? 

Les deux faits s’éclairent si l’on considère l’icono¬ 
graphie. Représenter un squelette, c’est, en somme, 
reproduire la réalité. L’Antiquité, qui en littérature 
ne connaissait pas l’évocation de squelettes qui se 
raniment, ne manquait pas de les représenter dans 
l’art plastique L On est donc porté à croire que le 
poète mettant en scène les cadavres ranimés y était 
invité par des représentations figurées. Quant à la 
disposition symétrique des tirades, elle s’explique aussi 
si l’on suppose que les peintures sont antérieures. La 
succession des tirades reproduit l’ordre dans lequel 
les morts et les vivants figurent dans les peintures. 

Par les considérations qui précèdent nous sommes 
fondé à émettre l’hypothèse que le « dit » des T rois morts 
et des trois vifs a été inspiré par des compositions ico¬ 
nographiques. Quelle est donc l’origine de celles-ci ? 

1. Kastner, Les Danses des morts, p. 37 as. ; Vigo, Dante 
macabre, chap. i. 


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46 


INTRODUCTION 


Il semble hors de doute qu’il faut la voir dans le dicton 
a vous serez ce que nous sommes ». Cette épigramme, 
extrêmement répandue, a dû à un moment donné 
(dans la seconde moitié du xm e siècle) suggérer l’idée 
de traduire sa pensée dans l’art plastique, afin de la 
rendre plus frappante et plus émouvante, et c’est 
alors qu’on a opposé trois squelettes à trois jeunes 
nobles superbes et florissants. 

Telle semble être l’origine des images qui mettent 
en regard des squelettes et des personnages vivants. 

« Opposer l’homme à lui-même sous les deux faces 
principales de sa destinée, pendant et après cette vie 
à laquelle il tient tant et qu’il doit quitter un jour, 
c’est là une donnée toute philosophique, mais basée 
sur l’observation d’un fait naturel, parfaitement 
saisissable pour tout homme aux regards duquel 
s’offrent les restes inanimés de son semblable. Une 
telle donnée est donc aussi ancienne que le monde et 
commune à toutes les nations, à tous les cultes 1 . » Sans 
remonter aussi haut, nous avons constaté que l’idée de 
ces images qui présentent la double face, pour ainsi 
dire l’endroit et l’envers des choses humaines, se 
retrouve dans le dicton précité qui a été très ancien¬ 
nement populaire. 


1. Kastner, Les Danses des morts, p. 50. 




CONCLUSION 


Le thème des Trois morts et des trois vifs s’est cons¬ 
titué en France dans la seconde moitié du xm e siècle. 
Nous avons suivi son évolution à travers les formes 
qu’il revêt. Pour ce qui est des poèmes, abstraction 
faite de la pièce en latin, ils présentent les mêmes par¬ 
ticularités essentielles. Leur principal intérêt réside en 
ceci que les cadavres ranimés se rencontrent avec des 
personnages vivants. Cet élément est également nou¬ 
veau au point de vue de l’art. 

Le squelette ou le cadavre décharné n’était guère 
représenté par l’iconographie antérieure. « Jamais la 
mort n’a été revêtue de plus de pudeur qu’au xm e siècle. 
On n’imagine rien de plus pur, de plus suave, que cer¬ 
taines figures gravées sùr les dalles funéraires ou cou¬ 
chées sur les tombeaux. Les mains jointes, les yeux 
ouverts, ces morts jeunes, beaux, transfigurés, 
semblent déjà participer à la vie éternelle. Telle est 
la poésie dont les nobles artistes du xm e siècle ont 
paré la mort : loin de la faire craindre, ils la font presque 
aimer 1 . » Mais dès avant le xiv e siècle, à cette con¬ 
ception s’en oppose une autre, qui montre la mort 

1. Mâle, L’Art religieux de la fin du moyen âge , p. 375-76. 


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48 


INTRODUCTION 


dans toute son horreur. Les cadavres décharnés vont 
devenir au xiv e et surtout au xv e siècle un des sujets 
le plus souvent représenté par des artistes. 

Au début de cette Introduction, j’ai signalé l’analo¬ 
gie frappante qui existe entre le thème qui nous oc¬ 
cupe et la Danse macabre. En effet, ce qui est parti¬ 
culier aux deux thèmes, c’est la réunion de squelettes 
ou de cadavres décharnés avec des personnages vi¬ 
vants. Elle doit mettre sous les yeux, d’une façon 
éclatante, la fragilité de la vie et la fin, assignée par le 
destin à tous les hommes. Cependant, malgré ce carac¬ 
tère commun, il faut se garder de les assimiler et de 
considérer les Trois morts et les trois vifs comme une 
ébauche, à proprement parler, de la Danse macabre. 
Il faut remarquer que le premier thème ne recule point 
devant le second, c’est-à-dire qu’il ne décline pas au 
xv e siècle, qui est l’époque de l’épanouissement de la 
Danse macabre ; la vogue des Trois morts et des trois 
vifs se prolonge même au xvi e . 

Quoiqu’il en soit, il y a, très certainement, un 
rapport de filiation entre les deux thèmes, et en 
conséquence on peut se demander dans quelle 
mesure le thème postérieur constitue un enrichisse¬ 
ment du premier. A ne considérer que les représenta¬ 
tions iconographiques, il va sans dire que la matière 
de la Danse macabre est plus riche et plus complexe 
que celle des Trois morts et des trois vifs. Dans la Danse 
macabre figurent tous les âges et toutes les classes 
de la société, tandis que les images relatives à notre 


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CONCLUSION 


49 


thème montrent seulement trois damoiseaux ou 
trois rois, et ce n’est que dans quelques-unes que des 
hommes ou des femmes de différentes conditions 
leur ont été substitués. Quant aux compositions litté¬ 
raires, il est évident que la matière de la Danse macabre 
est très monotone. Les dits des Trois morts et des 
trois vifs renferment une plus grande variété d’idées : 
on y trouve des réflexions sur la vie et la destinée 
humaine, une véhémente satire de l’aveuglement des 
hommes, des exhortations chaleureuses à fuir le péché 
et à faire le bien ; ajoutons que l’expression de ces 
idées ne manque, généralement, ni de force ni de 
verve. 

G’est en cela que nos poèmes représentent parfai¬ 
tement le caractère de la littérature macabre du moyen 
âge. A partir de la fin du xn e siècle, depuis les 
Vers de la Mort d’Hélinand, on produisit beaucoup 
en ce genre x . Ces compositions, d’un intérêt inégal, 
puisent leur inspiration dans la morale et le dogme. 
Elles manquent d’accent personnel, mais elles in¬ 
sistent avec beaucoup de vigueur sur l’idée de la mort, 
qui règle la vie présente en vue de la vie future. 

Ces idées cessent, à la veille de la Renaissance, de 
constituer une vraie source d’inspiration pour les 
poètes. La poésie macabre du moyen âge déclinant 
fait place à une poésie nouvelle. L’idée de la mort 

1. Par exemple les Vers de la Mort d.e Robert le Clerc, 
ceux d’Adam de la Halle, la rédaction française du Vado 
mori, etc. 

4 


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50 


INTRODUCTION 


reste le grand sujet de l'inspiration poétique, mais le 
ton et l'expression changent ; des accents personnels, 
une mélancolique émotion en présence de la fragilité 
des choses prennent la place de la prédication reli¬ 
gieuse. Ainsi naît la poésie moderne de la mort dont 
le premier chantre est François Villon. 


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TEXTES 


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I 


Mss. : ABCDEF (iV, v. i-26) ; graphie de A. 

Ce sont li troi mort et li troi vif 
que Baudouins de Condé fîst. 

Ensi con li matere conte, 

11 furent, si con duc et conte, 

Troi noble homme de grant arroi 
Et de rice, con fil a roi, 

Et aveuc molt joli et gent. 5 

Fort ierent envers toute gent, 

U orent de terre a marcier. 


Titre: .III. mors, .III. vis A; C’est des trois etc. BC ; C’est li 
dis des .III. etc. D ; Des .III. etc. E ; le titre ainsi que les majus¬ 
cules initiales manquent [dans F ; le nom d’auteur seulement 
dans A. 

1 Selonc la m. vous c. BCDEF, Si comme la m. nous c. N ; 
matière EFN — 2 Qu’il BCDE, Qui F ; dux E, dus F — 
3 Trois FN ; nobles hommes F ; home BCN ; aroi CD, 
aroy E, arroy FN — 4 riche BCDEF, gentil N ; fill BC t 
filz E ; a] de N ; roy AEFN — 5 avoec BCD ; avec ce j. N ; 
jolis EF — 6 Et orgueilleus vers BCDEN, Et orguillous a t. F ; 
toutes E — 7 Ou BCDEN ; Molt o. grant t. F ; terre] riens N ; 
marchir BCDEF, marcher N 


* 




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54 


I. - BAUDOUIN DE CONDÉ 


Un jour, pour lor orguel marcier, 

Leur apert un mireoir Diex, 

Tourble et oscur a veoir d’iex 10 

Et lait ; de ce ne vous ment gié, 

C’ierent troi mort de vers mengié, 

Lait et desfiguré des cors. 

Or fu as trois vis grans descors, 

Ki ierent de cors et de face 15 

♦ 

Des plus biaus que nature face, 

Et cil si oscur et si lait, 

Que mors riens a laidir n’i lait. 

Li troi vif voient les trois mors 

De grief morsure deus fois mors, 20 

Primes de mort et puis de vers. 

Premiers les regardent devers 
Les vis, et puis les cors après ; 

Si voient que mors les a près 

8 por CF ; leur CEN ; orgueill BC, orgueil DFN, orgeul E ; 
marchir BCDEF, marcher N — 9 Lor BCDF ; monstra FN ; 
mirooir BC, miroer N — 10 Trouble N ; obscur FN ; de iex A a 
tiex N — 11 mans F ; je N — 12 C’erent BCDN, S'ierent F ; 
.III. mors DEFN ; ver BC ; mangie F, menge N — 13 de D ; de 
corps N —14 Si F ; as] a A, auz F, au iV — 15 K'erent BCD, 
Qu'ierent E, Qui furent F ; de c.] et de vis B, et de c. CDE ; 
corps N — 16 Les plus beaus N — 17 cist F ; obscur FN 
—18 Que] Aus F ; mort E ; laistD — 19 Les .III. vis E ; troi 
mort D — 20 gries A ; d. f.] trop fort F ; mort D — 21 Pre¬ 
mier N ; puiz D — 22 Premiers] Touz .III. N ; es gardent E , 
resgardent F — 23 Le F ; vis] cbiefs N ; as cors BCD, auz 
c. F, le corps N ; aprez D — 24 com mort N ; ha F ; prez D 


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V. 8 — 42 


55 

25 


Mené, et après mort li ver, 

Par maint tans, l’esté et l’iver. 

« Compaignon, » dist li uns des trois 
Vis hommes, a je sui molt destrois 
De paour de ces trois mors la. 

Voiiés de cascun, con mors l’a 30 

Fait lait et hideus pour veoir. 

Je ne puis en moi pourveoir 
Tant de seürté que les voie : 

Trop sont lait ; râlons ent no voie, 

A poi de paour ne marvoi. » 35 

Dist li autres : « Compains, mar voi 
Tel mireoir, se ne m’i mire ; 

Souffrés vous que Diex le vous mire. 

Diex, ki le nous a mis en voie 

Ce mireoir, le nous envoie 40 

Pour mirer : se nous i mirons. 

Et certes ci ne se mire hons, 

25 Menez BDEFN , Menes C\ aprez D ; mors F; vier A — 
26 temps EF ; este et y ver F ; l'y ver A ; le vers manque dans N 
— 27 un DE ; troiz D — 28 homes BC, hommez D ; ge E ; 
destroiz D — 29 ses t. F — 30 Veez BCDEF ; de] com E ; 
chascun BCDEF ; cü F ; mort DE — 31 Fet E ; por 
CF — 32 Ge E ; em F ; porveoir BCF — 33 ies v. F — 
34 let E ; en F — 35 K'a pou BCD, Qu'a poi E, Qu'a pou F — 
36 autre D — 37 mirooir BC — 38 Soufres BC, Souffrez DEF ; 
vos F ; dex F — 39 dex F ; qui BCDEF ; nons F — 40 mirooir 
BCD ; nons F — 41 se] si DE ; nos F — 42 eertez D ; cy ne se 
mir P 


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56 


I. 


BAUDOUIN DE CONDÉ 


Tant orguelleus, s’a droit se mire, 

Que bien n’ait de cel mehaing mire, 

Et pour ce de tant ne m’irés, 45 

K’aveuc moi ne vous i mirés. » 

Dist li tiers vis : « Biaus sire Diex, 

C’est du veoir pités et diex. 

E las ! k’il sont des cors alé ! 

Voiiés, con cascuns poi a lé 50 

Le pis, le ventre, ne le dos. 

Li plus carnus n’est mais que d’os ; 

N’a d’entier li alés le mains 
Piés, ne gambes, ne bras, ne mains, 

Dos, ne ventre, espaule, ne pis. 55 


43 N'est orguillous F ; orgueilleus BCD , orgeilleus E ; se] 
si F — 44 Qui E ; ce BCD, cest E, ses F ; mehains F — 45 ce] 
diu A ; dou tout F ; irez D, në yrez F — 46 Qu’aveuc E ; Mais 
aveuc moi vous mirerez F — 47 sires BC — 48 dou BC ; pitiés 
BC, pitiez F — les vers 47-48 sont remplacés dans DE par les 
suivants : 

Dist li tiers vis, qui despiteus 

Ot este, or fu despiteus 

Car pitié ot, quant vit humaine 

La mors (mort E) en la fin char humaine 

49 Ha las qu’il BC ; Helas dist il k’il sont ale DF ; Helas con 
sont dou c. F — 50 Vees com BCDE, Veez de F ; chascuns BC, 
chacun DEF ; pou BCD ; a poi F, con pou a F — 51 et le v. et 
le F — 52 charnus BCDF ; Le p. charnu n’est mes F ; n’et m. F ; 
de os A — 53 entir BCD ; Ni a a aler que le m. F ; Il n’ont 
d’antier ne bras ne m. F — 54 Piez DEF ; jambes BCE, 
jambez D, gcmbes F — 55 espaulle DE 


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V. 43 — 70 57 

Mors et ver i ont fait le pis 
K’il pueent ; il pert bien a iex 
As bouces, as nés et as iex. 

Et par tout aus de cief en cief, 

Voiiés, tout troi n’ont poil en cief, 60 

Oeul en front, ne bouce, ne nés, 

Ne vis ; n’est hom de mere nés 
Ki ne fust de veoir confus. 

Yés les la, ses et rois con fus, 

N’a sur aus remés char a prendre : 65 

Ci puet on a bien faire aprendre. » 

Or dist li uns des mors as vis : 

« Segnour, regardés nous as vis 

Et puis as cors ; nous, qui a sommes 

Aviens l’avoir, voiiés quel sommes, 70 


56 Mort E ; vers y F ; y o. fet E — 57 Qu’il BCDEF ; euls A 

— 58 A b. A ; bouches BCE , bouchez D, A la bouche F ; et as 
n. E ; nez DE ; aus i. F ; eux A — 59 eulz E, auz F ; chief BCDEF 

— 60 Veez BDEF, Vees C ; tous DE; troiz D, .III. E ; que tuit 
troy F ; chief BCDEF — 61 Oeil BCDE ; en front] ne ventre 
D, en chief E ; Nen front nen b. ne en n. F ; bouche BCDF ; nez 
DEF — 62 N’est nus hons vis de m. F ; nez DEF — 63 Qui 
BCDEF ; dou BC , du DE ; dou veoir ne fust F ; comfus B 

— 64 Vez BCDE ; Veez con sont lait et roit F — 65 sor 
BCDF t sour E ; aus] os BCDE ; remez DEF — 66 Cy F — 
67 aus F — 68 Seignor BCD, Seignour E, Signor F ; regar¬ 
dez DE ; resgardez moi au F ; a D — 69 au c. F ; nos qui 
si s. F ; sommez D — 70 Eûmes BCDEF ; vees BC 1 veez DF ; 
vez quiex E ; sommez D 


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58 


I. - BAUDOUIN DE CONDÉ 


Tel serés vous et tel, comme ore 
Estes, fumes, ja fu li ore, 

Et aussi bel et de tel pris ; 

Mais mors i a tel catel pris 

Ke ne devise on pour deniers, 75 

C’est de char, de cuir et de niers, 

Dont poi sur les os nous demeure, 

Et ce tant est plus noir de meure. 

Mirés vous ci, ja fui je dus, 

Nobles hom de corage et d’us, 80 

Cis quens et cis autres marcis. 

Est or bien li orguex marcis, 

Ki fu en nous, et li envie, 

K’aviemes sur nos pers en vie. 

Oïl voir, a vous jouvenciaus 85 

Le di, comme a gent jovne, en ciaus 
U orguex pooir a par us, 

Diex nous a a vous apparus, 

71 Tiex F, Tez F ; serez DEF ; tiex E, tex F ; hore F — 
72 lestes F; fumez D ; hore F — 73 aussis biax F ; d’autel BCDE ; 
priz D — 74 Mes E ; chatel BCDEF — 75 Que ne donnissiens p. 
BCDEF — 77 pou BCDF ; seur B, sor CD, sus EF ; nos de- 
more F — 78 noirs F ; de] que DEF ; more F — 79 Mirez 
DEF ; vos cy F ; que ja D ; ge F ; dux E — 80 Noblez D ; 
hons de courage dus F ; dux E — 81 Cil BCDE ; cuens 
DF ; cil BCD, cel E ; autre DE ; marchis BCDF — 82 orgueil 
F, marchis BCDF — 83 Qui BCDEF ; nos F — 84 K’eumes 
sor BCD, Qu’eusmes sus F, Qu’heumes seur F — 86 dis F ; 
com BCEF ; joene BCDE ; jone F — 87 Ou BCDEF ; or- 
guiex D, orgueil F, orguez F ; pooir a] a este A x ot pouoiv F 
— 88 Dex nos F ; aparus BCD 


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y. 71 — 107 


59 


Pour ce que vous metons a voie 

De bien, et Diex vous i avoie. » 90 

Dist li secons mors : « Tout de voir, 

Tous et toutes convient devoir 
A la mort de treü les cors, 

Par le monde de tous les cors ; 

Dont li ver n’ont mie a escars 95 

Es pluseurs de peuture es cars. 

Ha, mors male, mors griés, mors sure, 

Mors felenesse de morsure ! 

Comme est outrageus tes desrois 

Quant ensi mors la char des rois, 100 

Des princes, des dus et des contes, 

Con fais de ceus dont il n’est contes ; 

Bien nous rens tous oscurs et noirs. 

E mors, ki viens de pere en hoirs, 

Et d’oirs en hoirs convient que pere, 105 
Par le mal mors de nostre pere 
Premier, ki ot a non Adans, 

90 dex F ; y EF — 91 secont mort E — 92 toutez D — 
93 trau le D ; trehus F — 95 eschars BCDE ; pas a eschar F — 

96 As E ; chars BCDE ; Ains en ont os et cuir et char F — 

97 mort E ; griez £>, grief EF ; morsure AEF —j 98 Mort E ; 
felonnesse F ; mort sure AEF — 99 Com tu es d’outrageus 
d. BCDE ; Con or iez d’outrageuz d. F — 100 ainsi BCDF ; 
ainssi E ; roys A — 101 princez D ; dux BE ; contez D — 
102 faiz D ; ceaus BC, ciaus D, ceulz E, ceaz F ; net c. F ; 
contez D —103 nos touz obscurs F —104 M. qui venis BCDEF ; 
dou F ; aus F — 105 d’oir EF ; en oyr E, hoir F ; qu’il 
p. F — 106 mort F — 107 qui BCDEF ; nons D ; Adens F 


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60 


I. 


BAUDOUIN DE CONDÉ 


Ki nous a pené, molt a d’ans ; 

Car de son mors vint nostre mors 

Par le pume, u il fist le mors ; 110 

Dont mors nous savoura le seve, 

Que ja n’eüst savouré, s* Eve 

Ne fust, ki par son mal enort 

Nous fist de net liu métré en ort 

Et'en dur tourment et en fer 115 

De mort, et d’aler en enfer, 

U tout aliens. Quant Diex s’ire 
Atempra ; li rois, des rois sire, 

Ki sur tous est poissans et fors, 

Ki nous traist de tel cartre fors, 120 

Molt fist pour nous, car mais n’irons, 

Se Dieu par no mesfait n’irons. » 

Dist li tiers mors : « Frere et ami, 

108 Qui BCDEF ; penes BC, penez D ; molt penez aus 
dens F — 110 la BCDEF; pomme BCDE, pome F ; ou 
BCDEF — 111 D’ou BCD , D’u E ; savora BC — 112 savore 
BCD, savor F ; se Eve AF — 113 qui BCDEF ; ennort E, 
enhort F — 114 Nos F ; lieu BCDEF ; mettre DF ; hort F 
— après le vers 114 BDEF ajoutent : 

Quant hors de paradis terrestre 

Nous (Nos F) fist métré pour en terre estre 

115 dur] grief F ; fier BCDE — 116 enfler BCDE— 117 Ou 
BCDEF ; tous E, tuit F ; aliemes BCE, aliemez D ; dieu D ; 
dex li sire F ; se ire A — 118 le roy des roys E — 119 Qui 
BCDEF ; sor BCDF, sus E ; puissant E, puissans F — 
120 Que BC, D illisible, Qui EF ; trest E ; nos trait F ; 
chartve BCDE, peinne F ; hors E — 121 fit por nos que F 
mes DE —122 mesfes E ; Se par pechie ne la yrons F 


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V. 108 — 141 


61 


Pour Diu, or entendés a mi. 

Puis k’il est ensi que de vie 125 

Convient partir et c’on devie, 

Si que sans morir nus ne vit ; 

El n’en voit on, ne el ne vit, 

Ne ne verra, ce vous afin ; 

Et trop plus vont de gent a fin 130 

Jovne que viel, voire cent tans, 

Car contre un homme de cent ans 
Ki muert, en muerent mil de mains, 

Car en vie n’est nus demains ; 

Et puis k’il n’a demain en vie* 135 

N’en eure, folement envie 
Son giu, qui s’afie en jouvente. 

S’en vie iere et viex, et jouvente 
En trouvaisse pour peu d’avoir, 

Ne m’en serolt il riens d’avoir, 140 

Tant eüsse a soushait d’argent, 

124 Por deu F ; dieu BCDE, entendez EF — 125 Puis 
qu’il BCE, Puiz qu’il Z), Pour qu'il F — 127 sanz D, sens F ; 
mourir E —128 Ja ne voit on ne ains ne F ; aine ne vit BCD, 
onc n. v. E — 129 se vos affin F — 130 genz D, gens F — 
431 Joene BCDE, Jone F ; vieuz F ; tanz D — 132 home 
BCE ; anz D — 133 Qui BCDEF ; en muerent] il en meurt E, 
an m . F ; mainz D — 134 est] a F ; nul E ; demainz D — 
135 puis qu’il BCEF, puiz qu’il D — 136 Non A, Ne BCDE, 
Nés F ; heure BCDEF — 137 jeu BCDE, geu F ; jovente AF 
— 138 ere BCD ; ge vente E ; Se vie estoit avec jovente F 
-—139 trouvasse BCDE ; pou BCD, poi-E ; Et en trovassepour 
avoir F — 140 Ne me BCDF — 141 sohait BCD, souhait EF 


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62 


I. - BAUDOUIN DE CONDÉ 


* 


Puis que mors fiert de tel dart gent 

Et que tel convient devenir 
% 

Que nous sommes. Voir, de venir 

En vie, pour cose que j’oie, 145 

Ne voel, plus i a duel que joie, 

Pour tel morsel k’est mors atendre, 

U il a trop sans rompre a tendre ; 

Ha, con grief passage et con fort ! 

Ne contre mort n’a c’un confort, 150 

C’est de soi soir et main tenir 

En boine oeuvre, et si maintenir 

Que pour tous jours vivre u tantos 

Morir, et c’on ne soit tant os 

C'on demeurt en pecié une eure, 155 

Car mal fait demourer u neure 

Paine de mort, ki sans fin dure, 

Et que plus tempre, plus est dure. 

Priiés pour nous au Pâtre nostre, 

142 mort DEF ; dar BCD — 143 tel touz c. F —144 Com nos 
F ; sommez D ; voir] vis F —145 chose BCDE ; Ne vorroie por 
choze que j'aie F —146 II y a trop plus d. BCDEF ; deul F — 
147 Pour manque F; morsel] meschief BCDEF ; k’est] con F ; 
mort EF — 148 Ou BCDEF ; sanz D, sens F — 150 c'un] 
nul F —151 C'est] Fors F — 152 bone BC, bonne 2XF, bon E ; 
euvre F — 153 jors BC ; por toujorsF ; ou BCDEF —154 Mou¬ 
rir F — 155 demeure A, demuert C, demort F ; pechie BCDE , 
pechiez F; heure BCDEF — 156 Que F\ £et E ; demorer 
BCD ; noure D ; un.] en eure F — 157 Plaine E ; Pl’aine de 
mal que sens F ; qui BCDE ; sanz D, sens F — 159 Priez DF t 
Proiez E ; patei DEF 


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V. 142 — 162 


63 

160 


S'en dites une patrenostre, 

Tout troi de boin cuer et de fin, 

Que Diex vous prenge a boin defin. » 


160 ditez D ; paternostre DF —161 Tous trois E, Tuit troi 
F ; bon BCDEF — 162 prengne BC, pragne, Z), preingneF; 
bon BCDE ; boine fin A, bonne fin DF. 


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II 


Mss. AG ; graphie de A. 

Chi coumenche li troi mort et 11 troi vif 
ke maistres Nicholes de Marglval fist. 

Troi damoisel furent jadis ; 

Mais qui par tout queroit, ja dis 
N’en trouveroit a eus pareus, 

Car il cuidoient bien par eus 

Seulement valoir tout le monde, 5 

Par l’orguel dont pas n’ierent monde. 

Il estoient, ce dist li contes, 

Estrait de rois, de dus, de contes, 

Et de gent de molt grant affaire ; 

Mais petit prisoient a faire 10 

Cose ki lor fust pourfitable, 

Ne ki fust a nul pourfit able. 

Mais Diex, ki les vaut pourveoir, 

Les mist ensamble pour veoir 

Tel cose ki lor pourfita, 15 

Titre : .III. mors et li .III. vis A ; C'est li contes des .III. vis 
et des .III. mors, sans nom d’auteur G. 

2 querroit G — 3 ceus G — 4 quidoient G — 6 Par orgueil G ; 
n’erent G — 10 pensoient G — 11 qui leur G — 12 qui G — 
13 vault G — 15 qui leur G 


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v. 1 — 38 


65 


Et a l’oïr grant pourfit a ; 

Car example maint homme avoient 
A bien faire. Cil, qui avoient 
L’oel au monde tout sans partie, 

Virent trois hommes dont partie 20 

Estoit la vie, et descarné 
Furent, si c’onques de car né 
Ne furent veü plus lait moustre 
Ne plus hideus que Diex lor moustre ; 

Si que cascuns de paour tramble, 25 

Aussi comme fuelle de tramble, 

Quant virent si laides figures. 

Puis dirent : « Diex, ki nous figures 
Tous et toutes a ton voloir, 

Fai nous te volenté voloir, 30 

Car ne savons que nous ferons, 

Se pour t’amour ne nous ferons, 

Pour nous sauver, en aucun ordre. » 

Après parla cascuns par ordre 

Comme coureciés et plains d’ire 35 

Si con vous porrés oïr dire. 

Li premiers vis parole. 

Li premiers vis dist : « Biaus compains, 

Vien avant, regarde com pains 

17 Par A — 18 chil G — 19 L’oeil G — 21 et manque G — 
23 monstre Todd — 24 leur G ; monstre Todd — 25 fueille G — 
28 Si d. A ; disent G — 30 ta G — 33 salver G — 35 courou- 
cies G — 36 pores G — Rubrique : premers A 

5 


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66 


IL 


NICOLE OE MARGIVAL 


Est laidement cis mors devers, 

Le visage a mengié de vers, 40 

Et comme il est mal fachonnés, 

Trop a de male fachon nés ; 

Pourris est et trestout si membre, 

Je tramble tous quant il m’en membre. 

C’est du premier que vois estant 45 

Que je parole ; or en est tant 

K’il fu autés comme nous sommes, 

En la fin porterons tés sommes 
Comme tu vois que ciex la porte. 

Fors castiaus, fors tours ne fors porte 50 
De ce ne nous garantira ; 

Mais ciex a boin garant ira 
Ki a esté a Dieu amis, 

Et ki son tans du tout a mis 

En boines oeuvres maintenant, 55 

Se m’i voel métré maintenant. 

Maintenant que plus riatendrai, 

Maintenant bien net me tendrai , 

Tendrai me net bien maintenant , 

N'atendrai plus que maintenant. » 60 

39 chil G — 40 a] et G — 41 faiconnes G — 42 faicon G 

— 43 trestuit G — 45 dou G — 47 soumes G — 48 tels soumes G 

— 49 cis G — 52 chil G — 53 a Dieu a este G — 54 Et ki tout son 

h 

tans ara A — 55 Boines o. en main tenant G — 56 Si mi voeil 
G — Après le vers 60 A ajoute : Avoir tout vaut et plus 
atendre. 


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V. 39 — 82 


$7 


Li secons vis parole. 

Li secons vis dist : « Plus atendre 
Ne voel, car trop ai mis a tendre 
La corde de mon arc a traire ; 

A ce ki a bien faire atraire 

Me deüst trop ai atendu ; 65 

Car li diables a tendu 

Grant pieç’a ses engiens a prendre 

M’ame ; si me convient aprendre 

Boines oeuvres a maintenir, 

Et a si droit me main tenir 70 

Que m’ame soit de tous maus vuide 
Anchois que de mon cors se vuide. 

Compains, ses tu ki si engrant 
M’en fait ? Ce k’entrés sui en grant 
Paour des mors que voi la estre 75 

M’a fait ensi cangier mon estre ; 

Car trop les voi, je te di, vers, 

Destains, hideus et trop divers ; 

Cis est faus ki adès folie, 

Si te lo a laissier folie. 80 

V 

Folie laisse et sens maintien , 

Lie orguel , pren humle maintien , 

Rubrique : manque dans A — 62 voeil G — 64 qui G — 
67 picha G — 69 main tenir Todd — 70 ma main G ; maintenir 
Todd — 72 Avant G — 73 qui G — 74 Me G — 79 Chil G ; 
qui adies G — 81 laise A — 82 Li A ; orgueil G 


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68 


II. 


NICOLE DE MARGIVAL 


Maintien humle pren , orguel lie, 

Maintien sens et laisse folie. » 

Li tiers vis parole. 

Li tiers vis dist : « Se j’ai envie 85 

Que je ne soie plus en vie 
Si foie comme j’ai esté 
Longement, yver et esté, 

Ce n’est mie molt grans mervelle ; 

• * 

Car trop durement m’esmervelle 90 

De ces trois que je voi la mors, 

Que tant a empirié la mors. 

Tant les voi desfais et pourris 
Et lais que pour ju ne pour ris 
Ne pour dous estrumens que j’oie 95 

N’arai jamais a mon cuer joie ; 

Car bien sai k’il furent en fourme 
Humaine, et ce mon cuer enfourme 
Que je briement me vie amende, 

Que Diex de moi ne prenge amende 100 
Avoec les dampnés en enfer, 

Dont li estre sont trop enfer. 

Si pri a Diu k’il m’en déport, 

83 prent A ; orgueil G — 84 Maintient A. 

Rubrique : tier A — 88 Longhement G — 89 Che G ; moult 
g. merveille G — 90 m’esmerveille G — 91 jou G — 92 empi- 
riet li G — 95 estumens G — 97 qu’il G ; forme Todd — 
98 enforme Todd — 99 briesment ma G — 101 infer G — 
102 sunt G — 103 Dieu que m’ en G 


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▼. 83 — 123 


69 


Car en tel liu n'a nus déport. 

« 

Déport n'a la faus ne sacans , 105 

De port arier bien est sacans , 

Sacans est bien arrier de port , 

Sacans ne faus la n'a déport » 

Li premiers mors parole. 

Li premiers mors dist : « Bel ami, 

Bel example poés a mi 110 

Prendre, se tant avés savoir ; 

Car je vous di bien que, s’avoir 
Volés l’amour au fil Marie, 

A cui sages s’ame marie, 

Ci vous convient paine et tourment 115 
Souffrir, mais ce ne vous tourment, 

Pour Diu, segneur, ne ne vous tourble ; 

Car pour le cler fait boin le tourble 
Laissier aler, saciés de voir ; 

Si fait boin faire son devoir, 120 

Tant peu que on au siecle dure, 

Pour esqiver la paine dure 
D’enfer : sages est ki se paine 

104 lieu G — 105 la n’a fols ne sachans G —106 arriev biens 
est sachans G — 107 Sachans AG — 108 Sachans ne fols G ; la 
n’a] n*a be A. 

Rubrique :prumiersA—110 Biel G —114 saiges G —115 Chi 
G—117 Dieu signeur G ; trouble Todd — 118 trouble Todd — 
119 pou» voir G — 121 com on G — 122 eskiver G — 
123 infe» G 


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70 II. - NICOLE DE MARGIVAL 

De lui geter de si grant paine. 

Segneur, s’il vous plaist vous m’orrés, 125 
Vous savés bien que vous moirés ; 

Or n’aiiés les mors en despit, 

Se lait me veés et despit. 

Despit et lait cors ai desfait ; 

Despit Va mors , mors Va desfait ; 130 

Desfait Va mors, mors Va despit ; 

Des fait ai cors lait et despit. » 


Li secons mors parole. 

Li secons mors parla après 
Et dist : « Bel segneur, il a près 
D*an et demi que je sui mors, 

Ki soloie dire : « Fui, Mors, 

Garde bien que je ne te voie 
Devant moi, vuide tost me voie 1 » 
Molt bien cuidoie estre a seür 
De le mort, je vous aseür, 

Mais quant plus fui asseürés, 

Lors vint. Ne vous asseürés 
En vos vies, ne ja fiance 
N’i aiiés, car je vous fiance 




124 jeter G — 125 Signeur G — 127 n’aies G — 129 de fait 
Todd — 132 De fait Todd. 

133 parole G —134 biau.4 ; signeur G ; pries G — 135 sui] 
fui G — 136 Qui G — 138 la voie G — 139 Moût b. qui- 
doie G — 140 le] la G ; asseur G — 144 aies que G 


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▼. 124 — 166 


71 

145 


Que vous fériés folie aperte ; 

Trop vous porroit tourner a perte 
Segneur, ki tel beubant menés, 

Veés comment sui malmenés 
Et con mes cors le cuir a pers, 

Et si fui ja biaus et apers. 150 

Segneur, atente foie ment, 

Laissiés tost l’ouvrer folement. 

Folement fait mauvais ouvrer , 

Paiement dur fait recouvrer , 

Recouvrer fait dur paiement , 155 

Ouvrer mauvais fait folement. » 

Li tiers mors parole. 

Li tiers mors dist : « Se maintenus 
Me sui en folour mainte, nus 
Sui de bien ; car Dix, ki justice 
Tout, prent de moi droite justice. 

Cascuns de vous i prenge garde, 

Si que de mal faire se garde ; 

Ki bien fait bien est avisés, 

A nous trois mors vous avisés. 

Li premiers des mors compaignons, 

Cui ensamble nous compaignons, 

147 Signeur qui teil G — 149 piers G — 150 ja] jou A ; 
apiers G — 151 Signour G. 

157 mains tenus G —159 Diex qui G — 163 Qui G — 166 Ki G 


160 


165 


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72 


IL 


NICOLE DE MARGIVAL 


Fu eveskes, si comme on conte, 

Et li secons ot non de conte, 

Et je fui rois poissans, saciés. 

Or nous a diables saciés 170 

En enfer et mal atournés. 

En vilain liu nous a tournés 
Peciés, dont point n’estiens en doute, 

Mais faus devant k’il pert ne doute ; 

Li sages a Diu s’ame acorde, 175 

Segneur, querés a Diu acorde. 

Acorde a Dieu vaut tout avoir , 

Descorde i fait mauvais avoir, 

Avoir mauvais i fait descorde, 

Avoir tout vaut a Dieu acorde. » 180 


Quant parlé ot cascuns des trois 
Mors, dont cascuns estoit destrois 
Comme hom dampnés, ki mal a tant, 

Comme on porroit penser, a tant 

Les vis laissèrent, ki de vis 185 

Remesent, bien le vous devis, 

Descoulouré, pale et destaint ; 

Ensi les palist et destaint 


167 evesques si com G — 169 roys — 170 sachies G — 
171 infiev G —172 lieu G — 173 point] pas G —174 fols d. qu’il 
prent ne dout G — 175 saiges a Dieu G — 176 Signeur G ; 
Dieu G — 179 i fait mauvais G. 


181 ot] a G — 183 Com G ; qui G ; atant Todd —184 Com G 
-185 qui G — 186 Remerent G — 188 Ainsi G 


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V. 167 — 211 


73 

•é 

La grant paour de mort, sans faille. 

Puis dirent : « Gardons que ne faille 190 
En nous que ne faciens tel oeuvre 
Que Diex par sa grâce nous oeuvre 
Le porte du glorieus régné 
U il avoec ses amis régné. 

Ki ne le sert, il le compere ; 195 

Nous le devons servir com pere. 

Or li façons boin paiement, 

Car ki a lui de paie ment, 

Il se mesfait et enquiert l’ire 

De lui, si que on puet bien lire 200 

En molt de coiers et de livres, 

Et s’est de joie avoir delivres, 

Si le servons dusc’a la mort, 

Ki par tout u li plaist la mort. 

Gardons mors ne nous truist en coupe, 205 
Faus est ki soi meïsme encoupe. » 

Cist troi ki certain de fin erent, 

En Diu servant lor tans finerent, 

Si servirent Diu finement, 

Il en vivront sans finement. 210 

Prions la dame ki affine 

189Li grans paours des mors G — 190 disent G — 191 fai- 
cons G ; e ajouté à tel A, tele G — 193 dou G — 194 Ou G — 
195 Qui G —197 faisons G — 198 qui G — 200 que] com G — 
201 quoiers G — 202 Et s'est] Asses A ; Assès de j. arons Todd 

— 203 dusqu'a G — 207 Chil G — 208 leur G — 209 Dieu G 

— 210 K'il A — 211 afine G 


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74 II. - NICOLE DE MARGIVAL 

Et monde les cuers si affine 
Nous soit que, quant venrons a fin, 
K’a son cier fil soions afin, 

Si k*en se glore pure et fine 
Soions, ki en nul tans ne fine. 

212 «fine G — 215 qu’en la g. G — 216 qui G. 


215 


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III 


Manuscrit A, 

Ch’est des trois mors et des trois vis 

Diex pour trois peceours retraire 
Monstra un signe dont retraire 
Vous voel le voir sans mesconter. 

Sires i doit et mes conter 

Et grant segneur et tous kemuns, 5 

Car li signes est tous kemuns, 

Cascuns en portera l’ensegne. 

Li matere dist et l’ensegne 
K’il ierent troi prince vaillant, 

Ensi comme au monde, et vaillant 10 

Eurent molt, castiaus et cités. 

Or oiiés des trois et ci tés 

En puet oïr ki rekerra 

De mal faire et ki rekerra 

Ce que faussement a creü. 15 

Cil, ki s’estoient acreü 

D’autrui catel, erent en fourme 

Bel et parant ; trop les enfourme 

Orguex dont cascuns se paroit, 

Pour ce que poissant se paroit ; 20 


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76 III.- DIEX POUR TROIS PECEOURS RETRAIRE 

Le cuer orent a ce miné 
K’orguel aiment. Aceminé 
S’ierent tout troi par un sentier. 

Molt sambloient vaillant, s’entier 
Fuissent de cuer. Vers lor desshnples 25 
N’avoient pas samblant de simples. 

Tant ont erré k’au bout d’uns cans 
Truevent un viés atre. D’uns cans 
Orront dont seront descordé : 

Troi mort de luisiaus descordé 30 

Erent tout droit sur piés en voie. 

Li uns des vis ses iex envoie 
Vers les mors et quant les perçoit, 

Il li semble bien c’on perçoit 

Sen cuer, dont a dit : « Que puet estre, 35 

Compaignon, que je voi la estre ? 

Troi mort sont, j’en hach le regart. 

On a fait sur aus grief regart. 

Il n’i sont remés que li os, 

Il samble molt bien que li os 40 

I ait esté de ciens de Gent ; 

II n’ont mie samblant de gent. 

Bien voi k’en lor bouce dedens 
I a grant defaute de dens. 

Li mesciés i est apparans, 45 

Ensi sont decueli par ans. 

Tel serons nous, c’est cose fine, 

25 dessiples ms. 


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T. 21 — 74 


77 


Il n’est riens vivans ki ne fine, 

Et tu et tu souvent le vois. 

De l’un ai entendu le vois 50 

De ces mors ; or alons avant. » 

Li uns mors dist as vis : « Avant 
Parlerai et après ci doi, 

Car premerains parler ci doi. 

Mon estre dirai en oiant, 55 

Ce ne sera mie en noiant 

Mon fait, car au siecle fui pape ; 

Dont au povre homme dis : ft Fui, pape 1 » 

De ton labour malvais ni ors 

Ne soies, car argens ni ors 60 

Ne vaut riens c’on ait mal aquis ; 

Si fais avoirs en fin a quis 
Et encore a aucun quira, 

Dont li ame en infer quira, 

Si con la moie fait en flame. 65 

Mors est cui couvoitise enflame. 

Bénéfices a tort donnai 
Et vendi, mal m’abandonnai ; 

A ce Pâme en fait le devoir. 

Pour coi ne vesqui je de voir ? 70 

Mal laissai asne et pris ceval, 

J’en perdi glore et pris ce val 
U li dolant sont arivé. 

Maint grief tourment m’i a rivé 

67 dounai ms. 


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75 


78 III. - DIEX POUR TROIS PECEOURS RETRAIRE 

Li anemis près de mes costes ; 

Je ne cuidoie mie k’ostes 
Fust si divers a ses piteus, 

Nus n’i est humles ne piteus. 

Gardés vous ent, pour Diu le roi, 

Car anemi tendent le roi 80 

U je fui pris et adès tendent 
Au peceour et le main tendent. » 

Li secons vis de le mervelle 

K’il oit et voit molt s’esmervelle 

De ce k’ot le mort recorder 85 

U on se doit bien acorder. 

Envers ses compaignons se trait 
Et dist : « Biau douç segnour, se trait 
M’aviés le cuer par mi le pis, 

Si me samble il que j’ai le pis 90 

Que je peüsse avoir pour paine, 

Petit s’en faut que je ne paine, 

Pour ce mort que voi la ester. 

Râlons nous ent, laissons ester, 

Li regars m’en a trop destruit. 95 

Molt par fu boins ouvriers destruit 
Ki de terre les a atains ; 

Bien pert, solaus les a atains, 

Tains les a et vers descarnés. 

Aine mais ne vi tant d’escars nés, 100 

Nul n’en ont, ni oeul ni orelle. » 

94 nous] nont m». 


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▼. 75 — 129 


79 

Li secons mors li dist : a Orelle 
A parole ki puet valoir. 

Se t’as homme destruit, va l’oir 
Amender que mesfis sen pere ; 105 

Diex de l’amendise s’empere. 

Boin s’en fait haster, tu morras. 

Et saces bien que tu m’orras 
Dire tés mos dont c’est mesciés, 

Regarde con fais est mes ciés. 110 

Je fui au siecle cardonnaus ; 

Onques ne mengai cardons n’aus, 

Mais les melleurs morsiaus du monde. 

S’en ai perdu le liu du monde. 

Seiaus pendi et despendi 115 

A tort, dont l’avoir despendi; 

Las, pour coi l’ai je despendu ? 

On m’en pent et a despendu 

Et pendent et despenderont 

Ciaus ki ensi despenderont. 120 

Soiiés boin, que n’ailliés par la. » 

Après ce li tiers vis parla 

K’après les deus mors fu li quins 

Et dist : « Dix, u fu pris li quins 

Ki si desguiseement forge ? 125 

Molt a li sires poissant forge 

U cil troi sont ensi forgiet, 

Il sont ataint de tel forgiet 
U li os sont de char curé. 


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80 III. - DIEX POUR TROIS PECEOURS RETRAIRE 

Se tost n'avons de nous curé 130 

Pour l’amour celui k’ensi cure, 

Il n’avera de nous trois cure. 

Faus est k’a l’anemi s’aloie ; 

Dont se par mon pecié saloie, 

U liu u cist ont tel loiier 135 

K’au monde peurent tout loiier, 

Il me seroit mal avenu; 

De haut ont au bas avenu. 

Peu vaut li mondes ne jouvens. 

M’i tenrai je dont ? Ne jou. Vens 140 

Est ce voir, ki s’i tient et maint ; 

Pluiseur s’i sont dampné et maint 
S’i dampneront ; je m’en trairai 
Et a bien faire me trairai. » 

145 

150 

155 

138 corr. sont — 144 m’entrairai Montaiglon — 147 no 
taire ms. 


Dist li tiers mors : « N’est pas mesdis 
Ke dit avés, c’est bien mes dis ; 
Nus de vous trois de voir n’ot aire. 
Je fui a cel pape notaire, 

Maint faus escris i fis de penne. 
Pour l’argent moi fourrai de penne ; 
De vair, de gris trop m’ai paré, 
Pour coi escris j’onques par é ? 

E en di et après, alas ! 

Si mal cauçai saulers a las ; 

Je sui ore cauciés destrois. 


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V. 130 — 182 


81 


Vous n’en i veés nul des trois 
Ki n’ait le caucemente argant. 

Cil ki sur l’autrui sont argant 
D’aquerre par male raison, 

N’oseront de haute raison 160 

Moustrer lor besoigne a tel juge 
Ki cascun selonc son fait juge. 

Il jugera selonc les fais. 

Segneur, se metés jus les fais 
De vanité, ki si vous maire, 165 

Vous quens, vous castelain, vous maire, 
Mairés vous ains que mort vous morge. 

Las, pour coi ne mengai je m’orge ? 

Ke ne me ting jou a raspé ? 

Kant j’euc tout l’autrui arraspé, 170 

N’en eue je nient. Laissiés l’avoir, 

U, se ce non, trestout la voir 
Irés, u molt a cris et plains. 

Cascuns de vous est fiers et plains 
D’orguel. Pour Diu, se vous lavés 175 

De tel pecié, se vous l’avés, 

Dont nus de nous ne se lava. 

Segneur, n’est ame, se la va 
U il nous convient remanoir, 

Ke molt n’en hace le manoir ; 180 

Il s’i fait trop malvais embatre ; 

En ardoir, en boulir, en batre 


176 piecie ms. 



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82 III. - DIEX POUR TROIS PECEOURS RETRAIRE 

Sont li déduit tout de l’ostel. 

Et vous troi estes de los tel 

Que Diex vous en het et li mons. 185 

Gardés que pour nient ne limons ; 

Pensés de vous, de nous ne caut, 

De saison n’avons froit ne caut. » 

Or prions le douç roi des rois 

Ke de nous oste les desrois, 190 

K’anemis ne nous tourne envers, 

Kant sera no caroigne en vers. 



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IV 


Mss. : BIJN ; graphie de B. 

C’est des trois mors et des trois vis. 

Li premiers vis parole. 

« Conpains, vois tu ce que je voi ? 

A pou que je ne me desvoi, 

De grant paour li cuers me tramble. 

Vois tu la ces trois mors ensamble, 

Com il sont hideus et divers 5 

Et pourri et mengié de vers ? 

Teles devenront nos jouventes, 

De tel marchié aurons tés ventes 
Qui nous vint de no premier pere, 

Car chascuns qui naist le conpere ; 10 

Titre : manque dans I ; Ci commance le dit des trois etc. J ; 
Ci aprez commence une moult merveilleuse et horrible his¬ 
toire que l’en dit des .III. etc. N. 

Rubrique désignant l’interlocuteur : manque dans BJ ; Ci 
parle le premier vif N — 1 Compainz I ; je voy JN — 2 Par 
p. J ; poi IN ; m'en desvoy J — 3 paor I ; le qier J, le 
corps N — 4 Voiz N ; la omis B ; enssamble I — 5 Comme J ; 
Cum il sunt I — 6 pourriz N ; menge I, mengiez N — 7 Tel 
devendront nostre jouvente J — 8 tels marchiez N ; aronz 
ces I ; tel v. J, tels v. N — 9 Qu’il J ; nouz I ; nos pre¬ 
miers N ; premer I —10 chascunz I, chascun J N 


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84 IV. - CONPAINS, VOIS TU CE QUE JE VOI ? 

Car tuit en suefrent la mort sure 
Et après des vers la morsure. 

Qui a Famé ne met conroi, 

Conte ne duc, prince ne roi 

N’auront déport ne que ribaut ; 15 

Car jamais ne feront ris haut, 

Puis k’en tenebres seront mis 
D’enfer ou tout bien sont remis. 

Remis i sont déduit, solaz, 

Mescheans pris i est au laz, 20 

Cheans est bien qui la n y est mis , 

Mis riest la qui bien est cheans, 

Au laz i est pris mescheans 
Solaz, déduit i sont remis . » 

Li secons ois parole. 

Li secons vis dist : « J’ai envie, 25 

Biaus conpains, d’amender ma vie. 

11 Que t. J ; touz N ; sueflrent UN ; sure] dure N — 
12 aprez J ; de vers N — 13 a] en B — 14 Prince ne d. conte 
ne t. J — 15 aront N; nés I — 16 Qui james J ; seront 
ribaut B ; feronz I — 17 k’en] qu'es J — 18 touz biens N ; ben 
sunt I — 19-24 manquent J — 19 sunt I ; deduiz N ; soûlas J, 
soulaz N — 20 Mescheanz I, Le meschant N ; p. i est] i est p. 
IN ; prins N ; las I — 21 ben I ; mis] prins N — 22 Qui la 
n'est mis (pris N) b. est ch. IN ; ben I —23 las I — 24 Soûlas I ; 
sunt I ; ce vers suit le 21 e dans N. 

Rubrique : manque B ; parola I ; Li secons vis J ; Le secont 
vif N — 25 seconz /; vif dit N \ j'ai] je J — 26 Beaus IN ; 
eompainz I 


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v. 11—44 




Trop ai fait de mes volentés ; 

Or est mes cuers entalentés 
De faire tant que m’ame acorde 

Au douz roi de miséricorde. 30 

* 

Car mes cors n’est fors c’une faille, 

Ce puis je bien veoir sans faille 
Par ces moustres la aparans 
K’en tel point serai je par ans ; 

Car mors me ferra de sa faus. 35 

Faucons ne chiens, ostoirs, gerfaus, 

Les grans sales ne les grans tours 
Ne puet la mort tolir ses tours 
Que ne prengne, tout a delivre, 

L’omme, quant il cuide miex vivre ; 40 

Ne ne puet on le jour savoir 
Que la mors le volra avoir. 

Avoir la mors veut tout au fort , 

Nus qui vive rCen a confort , 

27 volentez /, voulentes J — 28 entalentez I — 30 doua JN — 
31 Que J ; mon 1 ; corps N ; fors omis JN ; faille] paille B 

— 32 ben v. sanz I — 33 aparanz /, apparans N — 34 Qu'en 
IJN ; sere je par tans J ; ge paranz I — 35 Car] Quant B ; 
mort J N ; fauz /, faux N — 36 Fauconz ne chienz ostors ger- 
fauz I ; gerfaux N — 37 tors/ — 38 Ne peuent m. tollir s. cours N 

— 39 preinge I, preingne J N ; tôt I — 40 Homme N ; miex] 
plus N — 41 on] hom I, nus J, nul N ; jor IJ — 42 Que] 
Quant J ; mort IJN ; vaurra I, voudra J N —43-48 manquent J 

— 43 mort IN ; v. t.] tôt veut I, tout veult N — 44 Nul N ; 
ha N 


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45 


86 IV. - CONPAINS, VOIS TU CE QUE JE VOI ? 

Nus vient et s'en va sans avoir , 

Sans avoir s'en va et vient nus , 

Confort n'en a qui vive nus, 

Au fort tout veut la mors avoir . » 

Li tiers vis parole. 

Li tiers vis, qui estraint ses mains, 

Dist : « Pourquoi fu fais hom humains, 50 
Puis qu’il doit recevoir tel perte ? 

Ce fu folie trop aperte, 

Se folie fist onques Diex. 

Courtes joies et si grans diex 
En ce chaitif monde par a ; 55 

Fors seulement que Diex para 
Home seur toute créature, 

Quant le forma en sa figure 

Et qu’il peüst faire sans plait 

Bien ou mal, le quel qu’il li plaist. 60 

Or se gart très bien a l’emprise 

45 Nulz N ; sanz I — 46 Sens I ; vent / ; nulz N — 47 ha N ; 
nuis N — 48 veut tôt J, t. veult N. 

Rubrique : manque B; Li tiers mors J; Ci parle le tiers vif N — 
49 Le t. vif N ; mainz I — 50 Dit N ; fut fait N ; humainz I — 
51 parte I — 52 fut N — 54 Contre j. est J ; Cortès I ; 
granz I ; grant dielx N — 55 chétif IJN — 57 Homme IJN ; 
sour I, sur J N — 58 fourma N — 59 Si que il puet J ; sanz I ; 
sans] si li N — 60 Ben I ; ou] et IN ; qu'il] quel I, qui N ; 
plait /, plest J — 61 se] s'en N ; très] molt J ; ben /, em- 
prisse J 


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V. 45 — 78 


87 


Que tel voie soit par lui prise 
Que devant Dieu n’en soit repris ; 

Car s’il est a mal faire pris, 

Sans repentance au jugement 65 

Iert jugiés ou juges ne ment. 

Ne ment mie juges si fais , 

Veoir set de chascun les fais , 

Seoir fera droit jugement, 

Jugement droit fera seoir , 70 

Les fais de chascun set veoir, 

Si fais juges mie ne ment. » 

J a respont li premiers mors. 

Li premiers mors dist : « Damoisel, 

N’oubliés pas pour cel oisel 

Ne pour vos robes a orfrois 75 

K’en terre gerra chascuns frois ; 

La pourrira vo chars humaine. 

Or gardés bien que ne vous maine 

62 lui] li JN ; prisse J — 64 Car] Que J ; cil est en N — 65 
Sanz I — 66 Y ert N ; jugiez IJN ; ou] se JN ; juge N — 
67-72 manquent J — 67 jugez si faiz N — 68 scet N ; faiz N — 
70 Droit j. N — 71 faiz N ; scet N — 72 faiz jugez iV, 

Rubrique : manque B-, Li premiers mors J; Si parle le premier 
mort N — 73 mort dit N — 74 oubliez IN t Ne lessiez J ; cel] 
vostre JN ; oissel J — 75 roubes I — 76 Qu’en IJN ; chas- 
cunz /, chascun J N — 77 La] Et J ; char IJ N — 78 gar¬ 
dez IN ; ben I 


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88 IV. - CONPAINS, VOIS TU CE QUE JE VOI ? 


Vos grans déduis et vos solas 

Ou on prent les âmes au las, 80 

El grief torment, qui tous tans dure, 

Pour vo cors qui n’est fors c’ordure ; 

Ce poués vous par nous veoir. 

Or vous doinst Diex bien porveoir, 

Car par nous avés bien veü 85 

Que vos cors seront porveü 
En orde et en puant prison ; 

Et si n’i fu onques pris hon, 

C’on truisse, qui en fust delivres, 

En kank’avés veü de livres. 90 

Veü molt en livres avons , 

La mort eschiver ne savons , 

La mort toit qui a porveü , 

Porveü qui a toit la mort , 

Ne savons eschiver la mort , 95 

Avons en livres molt veü. » 

79 deduiz N ; et vos] vos grans N ; soûlas I ; soulaz N — 
80 Ou] La BI ; on] en N ; laz N — 81 El] Ou IJ, En N ; gref I ; 
gries tourmens N ; t. tans] totz tanz J, t. jors J, touz jours N — 
82 vos JN t fors o. JN — 83 Ce] Et N ; poez IN ; vouz i ; 
nouz I — 84 vouz I ; doint J ; ben I ; pourveoir N — 
85 nouz I ; avez IJN ; ben I — 86 vo / ; corps N ; pourveu IN — 
les vers 85-6 intervertis dans I — 88 onquez N ; pris] nus B — 
89 Qu’en N ; truise I ; délivrez N — 90 quanqu’a. IJN ; avez 
JJ, avon N — 91-96 manquent J — 91 m. en 1.] en 1. m. I, 
de 1. moult N — 92 n’en savonz I — 93 mors B ; tost I ; Tout a 
mort ce que pouveu N — 94 Cui a p. tost I ; Ce qu’a pouirveu 
tout a mort N ; mors B — 95 N’en savonz I — 96 Molt avonz 
e. 1. 1, Moult a. de livrez N. 


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v. 79 — 112 


89 


Ja respont li secons mors. 

« Seigneur, ce dist li secons mors, 

Il est vérités que la mors 

Nous a fais ités con nous sommes, 

Et vous porterés ités sommes ; 100 

N’i aura si pur ne si fin. 

Or porveés devant la fin 
Que les âmes aient repos, 

Quant en terre serés repos. 

N’avez ami, tant vous ait chier, 105 

Qui jamais vous quiere atouchier, 
N’enporterés fors que bienfait 
De kank’avrés au monde fait. 

Se bien vous volés regarder, 

D’orgueill vous devriiés garder. 110 

En nous poés prendre examplaire, 

Qui durement vous devroit plaire, 

Rubrique: manque B; Li secons mors J ; Le secont mort N — 
97 Seigneurs J N ; La donc parla li seguns mors I — 98 veritez I ; 
mort J — 99 Nouz I ; fait J, faiz N ; teuz I, tiex J, tels N ; 
comme IJN — 100 Et v.] En la fin J ; porterez IJN ; auteuz 
1 , autels iV, tiex J —101 si] tant N — 102 pourveez /, pour- 
vees J ; Or vous pourvoiez N — 103 ammes J — 104 seres] 
seront N — 105 aures N — 106 quiere] daigne J ; atouchier] 
approchier N —107 emporterez IN; benfait/— 108 quanqu'a. 
iJ, quanque N ; aurez IN, avez J — 109 vouz I ; volez /, voulez 
J N — 110 orgueil IJN ; devriiez I, devriez JN — 111 nouz 
poez I ; pouez J N; essemplaire J — 112 plere J 


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90 IV. - CONPAINS, VOIS TU CB QUE JE VOI ? 

Dont vous vaurriiés miex a Taine ; 

Car li cors pourrira souz lame. 

Lame cors le porri acuevre 115 

Diex rendera le droit de Vuevre , 

Diex doit avoir qui perdra Vame, 

Qui perdra Vame avoir doit diex , 

De Vuevre le droit rendra Diex, 

Acuevre le porri cors lame. » 120 

Ja respont li tiers mors. 

/ 

Li tiers mors dist, qui est sechiés : 

« Je fui de mon lignage chiés, 

Princes et rois et connestables, 

Biaus et riches, joians, metables ; 

Or sui si hideus et si nus 125 

Que veoir ne me daingne nus. 

Il ne m’est remés que les os, 

Et pour itant dire vous os 

113 vaurriiez J, vaudriez JN —114 le corps N ; porrira I ; pou- 
rira sans ame J — 115-120 manquent J — 115 c. le p.] le pourri 
corps N — 116 si (li N) rendra BN ; deoit I ; de s'u. N — 
117 p. Ta.] gardera s’ame N — 118 Qui gardra s’a. a. d. dieu N 

— 119 De s'u. N ; dieu N — 120 corps N. 

Rubrique : manque B ; repont 1 ; Li tiers mors J ; Ci parle le tiers 
mort N —121 Le t. mort dit N ; q. e.] qu'il est B, qui en I ; 
sechiez JJN — 122 fu N ; chiez IJN — 123 Princis I ; Rois et 
princes J —124 Biauz I ; Riches et biax J ; Biaux r. j. et m. N 

— 125 si] tant N ; hideus] hideuz I, povres J ; nulz N — 
126 nuis N — 127 II] Qu'il J ; remez 1 


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V. 113 — 144 


91 


Qué mar vit li hons en ce monde 

S’il ne fait l’ame nete et monde. 130 

Cors est au monde li déduis, 

Dont on est en enfer conduis ; 

S’a a l’entrée grant destrece 
Et a l’issue grant asprece. 

Je ne vous sai miex preechier, 135 

Monstre chascuns com il s’a chier ; 

Cui il souvendra bien d’amer, 

Pechiés nel porra entamer. 

Amer doit s % ame sages hon , 

Trésors mieudres ri*est par raison , 140 

Ors cors, plus n y as a reclamer , 

A reclamer nas plus, cors ors, 

Par raison nest mieudres trésors , 

Hon sages s'ame doit amer. » 


129 mal JV ; viut li hom I ; li manque B ; cest J —130 S’il] 
Qui N ; s'ame JN ; monde] pure J — 131 Cours I, Court N ; 
deduiz N — 132 on] en N ; infer I ; conduiz N — 133 apresse 
J f destresse N — 134 tristesse J, aspresse N — 135 sai] sco 
N ; preecier I , preschier J N — 136 chascunz /, chascun J N ; 
comme IJN — 137 Qui il souvenrra ben I — 138 Pechiez 
IJN ; endamer I — 139-140 manquent J — 139 homs N — 

140 M. t. B ; muidres I ; T. n'est meilleurs p. raisons N — 

141 Or I ; corps N — 142 ors corps N — 143 miudres J, meil¬ 
leurs N —144 Hom /, Homs N ; amer] garder B. 

Explicit t Explicit des .III. mors etc. B ; Explicit le dit des 
trois êtc. J. 


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V 


Mss. : KLQRSTy graphie de K. 

Cy commence le dit des trois mors 

et des trois vis. 

Euvre tes yeulx, créature chetive, 

Vien veoir les fais de la mort excessive 
De qui j’ay eu en ce lieu vision. 

Pensée n’est si très contemplative 

Que d’avoir [eu] en une heure hastive 5 

Ung tel regard n’eust admiration. 

De troys corps mors m’est l’apparition 
Venue y ci avecques leurs suaires ; 

Pareillement leurs terribles viaires 
Deffigurés et leurs corps descouvers, 10 

Les trous des yeuls et [ceulx] du nez ouvers, 

Les os tous secz, jambes, bras, piedz et mains 
Tous demengés et partuissés de vers ; 

C’est le tribut que mort doit aux humains. 

Terrible mort, sus tous autres terribles, 15 

On te doit bien par tes oeuvres horribles 

Titre : dit dez L ; Les dis des mors et des vis (l re colonne) 
Les dis des .III. m. et .III. v. (2 e c.) K ; S’ensieut le dit des 
.III. m. et d. .III. vifs Q; S’ensuyuent les (!) des trois... et 
premerement les mors 5; manque dans RT. 

1-70 seulement dans R — 5 corr. de Montaiglon — 11 corr. 
de Montaiglon — 15 terrible ms. 


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93 


▼.1 — 47 

Dire et clamer, puisque par ta morsure 
Et par assaulx soudains imparceptibles, 

, Par coups mortelz, divers, irrémissibles 

Telle tu fais humaine créature. 20 

De tes oeuvres ay veu la pourtraicture, 

Tant diverse, tant cruelle et hideuse, 
Deffiguré[e], horrible, merveilleuse, 

Devant mes yeulx en ce povre hermitage, 

Qui moult trouble tellement le couraige. 25 
Qui plus ne peult de tel oeuvre congnoistre, 

Bien doit penser a la mort qui est saige, 

Car en la fin il nous convient telz estre. 

Or ne scet on si ces trois autreffois 

Ont estés ducs, barons, contes ou roys, 30 

Pappes, abbés, cardinaulx ou chanoines, 

Ne qui estoit le plus noble des troys ; 

S’ilz ont esté bossus hommes ou drois, 

S’ilz ont esté prevostz ou cappitaines, 

Fors qu’ilz ont eu tous troys faces humaines, 35 
Qui ont esté en la terre ammurées, 

La ou les vers les ont deffigurées 
Si qu’il n’y a plus rien que l’ossement, 

Qui est a tous grant esbahissement, 

Et est bien fol a qui point n’en souvient : 40 

Grans et petis universellement 
Une fois telz estre [il] nous convient. 

De l’autre part sont venus vis a vis [vis ; 

Sur troys chevaulx troys beaulx hommes tous 
Mais, en voyant ceste chose admirable, 45 

Il a semblé qu’ilz ayent esté ravis. 

Trop long seroit a compter le divis 

18 passaulx ms., par tes saulx Montaiglon — 45 voyent ms. 


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94 V. - SE NOUS VOUS APORTONS NOUVELLEZ 

Des troys vivens piteux et lamentable. 

Celluy n’eut d’eux qui ne fust fort doubtable 
De veoir les mors et non pas sans raison^ 50 
Car quiconques veoit feu en la maison 
De son voisin prochain mettre et getter, 

De la sienne par cause doit doubter ; 

Dont les vivens qui les mors aperceurent, 
Merveille n’est, si fort s’espouenter 55 

A celle heure cause raisonnable eurent. 

Les mors aux vis, les vis aux mors parlèrent, 

Et aux vivans les trois mors revellerent 
De mort les grans et terribles assaulx, 

Et tellement les vis espoenterent 60 

Que a bien petit que tous ne trebucherent 
A la terre de dessus leurs chevaulx. 

L’un laissa chiens et l’autre ses oyseaulx 
En requérant a Dieu grâce et mercy, 

Que requérir nous luy devons aussy 65 

En lui priant par sa saincte puissance 
Qu’il nous donne faire vraye penitance, 

Si que au monde que nous sommes mortelz 
Nous façons tant que ayons la joyssance 
Après la mort des regnans immortelz. 70 

Le premier mort. 

Se nous vous aportons nouvellez 
Qui ne soient ne boines ne bellez 

55 si de fort g’espouenterent ms. — 60 vivens ms. — 65 aussi ms. 
Rubrique : du p. m. K, manque dans T — 71 nouvelles LQRST 
— 72 s. n. b. n. b.] s. b. ou b. L, s. b. ne b. Q, s. b. et b. T ; 
s.] sont S ; bonnes LQRST ; belez K t belles LQRST 


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V. 48 — 88 


95 


Ou plaisans ou a desplaisanche, 

Prendre vous fault en pacienche, 

Car estre ne puet autrement. 75 

Biaus amis, tout premièrement, 

Non obstant quelcunque riqueche, 
Poissanche, honneur, force ou joneche, 

Nous vous denonchonz tout de voir 
Qu’il vous convient mort rechevoir, 80 

Une mort, las, si dolereqse, 

Si amere, si angoiseuse 

Que lez mors qui en sont delivre 

Ne vaurroient jamaiz revivre 

Pour morir encor de tel mort. 85 

En aprez quant vous serez mort, 

Tout ensi que povre truant 
Vouz serez hideus et puant, 


73 Oup.] A plaisance QRS ; desplaisance LRST — 74 faut Q; 
pacience KLRS, pascience T — 75 e. n. p.] n. p. e. RS ; poèut Q, 
peult ST ; aultrement ST — 76 Beaux LRST, Biaux Q — 
77 quilcunque K, quelconque LQS , quelconques T, quelque R ; 
richesse LQRS , ricesse T — 78 Puissance LQRST ; forche Q ; 
joueneche K ; jeunesse LRS, jonesse Q, jounesse T — 79 dénon¬ 
çons LR, denonchons QT, denonsons S — 80 Qu’il] Qui S ; 
recevoir L, recepvoir QRST — 81 douloureuse LRS, delou- 
reuse Q, dollereuse T — 82 angoisseuse LJR, angoussese QT —- 
83 les QRST — 84 vouldroyent LRS, vorroient Q , voul¬ 
aient T ; jamaiz corrigé en a paines K, jamâis LQRT , james S 
— 85 mourir LRS ; encore de tele K — 86 En] Et RS ; apres 
LQRST ; seres LRS, sarez Q — 87 ensi] aussy L ; que] com Q ; 
poures RS ; truans RS — 88 Vous LQRST ; seres LRS ; hideux 
LRST ; mestant Q, puans RS 


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96 Y. - SE NOUS VOUS ÀPORTONS NOUVELLEZ 


Dez nostres et de nos livrées 

Et voz amez seront livrées, 90 

Je n’en di plus, maiz c’est du pire. 

Il me souffist assez de dire 
De vos meschanz corps la misere, 

Qui ne sont pas d’aultre matere, 

Sachiez le de vray, que nous sommez. 95 
Nagairez estions poissanz hommez : 

Or sommez telz com vous veez, 

Se vous volez, s’i pourveez. 

[Et bien y debvez porveoir, 

Quant en nous vous pouez veoir, 100 

Comme de vous il adviendra 
Et quel loyer mort vous rendra, 

Car voz corps qui sont plains d’ordure 
Aller fera a pourriture. 

Telz comme vous ung temps nous fumes, 105 
Telz serez vous comme nous sommes.] 

89 noz l. R, nous délivrées S, no livrée T — 90 voz R, vous S ; 
âmes LQRS ; le vers manque dans T — 91 dis RST ; mes L, 
mais QRST — 92 Ilz S ; asses LRS ; de] du QT — 93 voz RT, 
vous S ; meschans LQRST — 94 pas] point Q ; autre LQR ; 
matière RS — 95 Saiches L, SaichiesÇ, Sachies T ; Certainement 
ne que n. s. RS ; sommes LQRST — 96 Nagueres L, Nagaires QT, 
Naguiere R, Nagyeres S ; puissans LRST, riches Q ; hommes 
KLQRST — 97 sommes LQRST ; corne voyes R, comment 
voyez S — 98 voulez LRT, voules S ; s’i manque L ; porvoyes R, 
pourvoyez S — 99-106 seulement dans R S — 99 deves S; pour¬ 
voir S — 100 pouves voir S — 101 Comment S ; ilz S — 103 
vous S ; plein S — 104 Aler S ; porriture S — 105 Tel com¬ 
ment ung t. nos f. S — 106 Tel seres vous comment n. s. S. 


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V. 89 — 120 


97 

Le secont mort. 

Pourveez y se vous volez 
Aultrement que vous ne solez, 

Car certes la mort vous espie 

Pour vous oster du corps la vie 110 

Plus briefment que vouz ne cuidiez, 

Qui estez si outrecuidiez 
Que pour un peu de joye vaine, 

Un peu de plaisanche mondaine, 

Qui est de si courte durée, 115 

Tost venue et plus tost alée, 

Volés perdre la joye fine 
De paradis qui point ne fine ; 

Et, que pis est, dampnez serez, 

Aultrement n’en escaperez, 120 


Rubrique : II e L ; manque dans T — 107 Pourvoyez RS ; 
voulez LT, voules RS ; le vers 98 répété à la place de 107 dans Q — 
108 Autrement LQ ; saulez K, soûlez L, soûles R, solies S, soulies 
T — 109 la] le Q — 110 oster] tollir T ; du] des RS ; la] le Q — 
111 briefvement que ne c. RS ; vous LQT ; cuidez L, cuides R, 
cuydes S, cuidies T — 112 Qui] Comment S ; estes LQRS ; out- 
trecuidez L, oultrecuides JR, aultrecuydes S ; le vers manque dans 
T — 113 Que manque dans K ; ung RST ; pou L, pau T —114 
Ung RST ; pou L, pau T ; plaisance LQRST — 115 si] cy 
S, sy T — 116 Toust S ; allee ST — 117 Voulez LR, Volez Q, 
Voules S, Vueillies T ; la] le Q — 119 que] qui LQRT ; dampne 
Q, damnes R, dampnes S ; seres KLRS — 120 Autrement 
QLR ; eschaperes L, eschapperes RS, eschapperez T 

7 


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98 V. 


SE NOUS VOUS APORTONS NOUVELLEZ 


Maiz ce sera sanz délivrance. 

Comment avez vous tel plaisance, 

Ditez moy, meschanz orguilleux, 

En ce monde chi périlleux, 

Ou il n*a que divisions, 125 

Diverses tribulacions, 

Puis guerre, puis mortalité ? 

Tous jours nouvele adversité 
Revient avant que l'autre faille. 

Vous ne sçavés homme, sanz faille, 130 
Tant soit poissant, voelle ou ne voelle, 

Qui ne seuffre et qui ne se doelle ; 

Ailleurs donques repos querez, 

Car ci point ne le trouverez. 

[Repos aurés en paradis, 135 

Si croire vous voulez es dis 

121 Mez L, Mais QRST ; sans LQRST ; delivranche Q — 
122 Comme QR ; a tel RS ; plaisanche Q — 123 Dictez LRS, 
Dittes QT ; moy] nous S ; meschans LQRST ; orguillieulx S, 
orgueilleux T —124 chi] cy LQST, si R ; perillieux S —125 ilz S; 
n'y a R ; divisionz K — 126 tribulations QT — 127 guerres 
RT ; mortalitez T — 128 nouvelle LQRS ; nouvelles adver- 
sitez T —129 Reugnent T ; faillie S —130 savez LQ t scavez R, 
sa vies S ; sans LQRS ; le vers manque dans T — 131 puis¬ 
sant LTRS ; vueille LT, voeulle Q, veille R ; ou non RT ; 
veullie non veullie S — 132 Que Q ; sueffre L, soeuffre Q; que 
Q ; dueille L, doeulle Q, deule R, deulle S, deuille T — 
133 Alieurs S ; donquez L, doncques RT ; requerez K , queres 
LRS , querrez T — 134 ci] cy LQST, si JR ; le] la R, trouveres 
LRS — 135-142 seulement dans RS — 136 Se coyre v. voules 
les d. S 


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u. 121 —151 


99 


Des saiges, qui conseillent faire 
Ce que faire est necessaire 
Pour l’aquerir et pour l’avoir ; 

Rien mieulx nulluy ne peut avoir. 140 

Faictes des biens plus que poués, 

Autre chose n’emporterés.] 

Le tierch mort. 

O foie gent, mal avisée, 

Quant je voy ainsi desguisée, 

De divers habis et de robes 145 

Et d’autrez coses que tu robes, 

Ta puante charongne a vers, 

Et prens de tort et de travers, 

Il ne te caut dont il te viengne, 

Fors que ton estât se maintiengne ; 150 

Quant je revoy tez faulz delis, 

137 sages S ; conseille S — 139 acquérir 5 — 140 nulli S — 
141 Faites S ; pourres S —142 Aultre chouse n*en pourteres S. 

Rubrique ^III® L, tiers RS ; mors 5; manque dans T — 
143 folle RST ; advisee LQRST — 144 Q. je] Qui te Q ; je] 
vous T ; ainssy L, ainsy T — 145 habitz S ; robbes RS — 
146 autres LQ, aultres ST ; autre chose R ; choses LT, 
chouses S ; robez K — 147 Ta] Tant RS, charoigne LS ; ce 
ver8 manque dans Q qui ajoute après le vers 148 : Pour ton 
meschant corps et auers — 148 tors QST — 149 II ne] Ne il 
ne LQST, Ne il R ; chault LRST, chaut Q ; dont il te] donc ce 
L, dont ce QT, d'ou te R, dont te S ; viegne Q, vienne R — 

150 Fors] Mais RS ; maintiegne KLQR, maintigne S — 

151 revoy] cognois S ; tes LQRT , telz S ; faulx LRT t faux Q ; 
delictz R, delitz S 


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100 V. - SE NOUS VOUS APORTONS NOUVELLEZ 


De vins, de viandez, de lis, 

Lez granz excès, lez granz oultrages 
Dont ceuls qui font lez labourages 
As camps et pour toy se travaillent, 155 
Tous nus, de fain crient et baillent ; 

Quant je voy tel gouvernement, 

Je doubte que soudainement 

Tele vengance ne s’en face 

Que tu n’auras ne tampz n’espace 160 

Seulement de crier merchy. 

Cuidiez vous tous jours regner chy, 

Folz meschanz, de mal’heure nez 
Qui en tel point vous demenez ? 

Nenil, nenil, vous y morrés ; 165 

Faitez du pis que vous porrés, 

152 viandes LQ, viande RT ; ce vers manque dans S — 

153 Les QRST ;. grans LQRST ; exses K ; outraiges Q — 

154 Donc L ; ceulx LRT, ceux Q, cieulx S ; les QRST ; labou- 
raiges Q — 155 Aux champs LQRST ; traveillent K, tra¬ 
vaillent S — 156 Touz L ; nuds R, nuz S, mors T ; d. f. c.] et 

d. f. c. RS, d. f. et c. T ; baillient 5 — 157 tel] ton S — 
158 soubdainement LR — les vers 157-8 intervertis dans S 
— 159 Telle LQT ; venganche Q ; Dieu telle v. n’en f. RS <— 
160 n’aueras ja e. Q ; Que vous n'ayez (aies S) t. ne (ny S) 

e. RS ; temps LRS, tamps T ; espasse KS —161 Seullement T ; 
mercy LRT, merci S — 162 Cuidez LR, Cuydes S, Guidies 
T ; jors S ; rengner T ; chy] cy LR, yci S, omis dans T — 
163 Foulz S, Fol T ; meschans LQRS, meschant T ; male LQR 
—164 tel] ce RS ; demenes K —165 Nennil LQT, Nenny RS ; 
mourres L, morrez Q, mourrez RS, morez T — 166 Faictes LR, 
Faites QRS, Faittes T ; poes K, pourres LR, perrez Q, pour¬ 
rez ST 


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V. 152 — 183 


101 


Lors arez pardurable vie, 

Boine ou male, n’en doubtez mie. 

Dieus est justez, il paiera 
Selonc ce que chascun fera. 

[Faictes des biens, n’attendez pas 
Que ceulx après vostre trespas 
Pour vous en facent, qu’aviez chier, 

Qui ne vous vouldroient aprouchier ; 

En la terre vous porteront 
Et tost après vous oublieront, 

Et telz cuidez voz bons amys 
Qui sont voz plus grans ennemys.] 

Le premier vif. 

O sainte crois, par ta poissance 
Dont je voy cy la ramenbrance, 180 

Garde mon corpz et ne consens 
Que je perde au jour d’uy mon sens 
Pour ceste gent hideuse et morte, 

167 âmes L, aures RS, aurez T — 168 Bonne LRST ; malle 
ST ; doutez Q — 169 Dieu LQRST ; justes LT, juste QRS ; 
ilz S — 170 Chascun selon ce qu’il (qui S) f. RS ; Selon LQT ; 
cascuns Q — 171-178 seulement dans RS — 171 Faites S — 
173 qu’a vies cher S — 174 aproucher R, approchier S — 
176 tost] tous S — 177 tel cuydez vous S —178 vous S. 

Rubrique : Le dit du p. v. K — 179 O manque dans T ; saincte 
RS ; croix QRT ; puissance LQRST — 180 Donc L ; voys S ; 
cy manque dans R ; la] le QS ; remembrance LRS — 181 corps 
LQRST ; ne] me T — 182 je] ne T ; mon] le RS — 183 gens 
KQ 


170 


175 


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102 V. - SE NOUS VOUS ÀPORTONS NOUVELLEZ 


Qui telz nouvelez nous apporte, 

Nouvelez durez et perverses 185 

Las, entre lez coses diverses 
Touchanz a no fragilité 
De quoy nous ont dit vérité. 

[Mon povre cueur de paour tremble 
Quant trois mors ainsi voit ensemble 190 
Deffigurés, hydeux, divers, 

Tous pourris et mengés de vers.] 

Le premier dist, bien m’en souvient, 

Que mort rechevoir nous convient 
A grant angoisse, a grant doleur, 195 

Dont il me fist muer couleur, 

Et dez amez dist une cose 
Que declairier ne veult ou n’ose ; 

Je croy c’est de leur dampnement 
En infer pardurablement. 200 

Telz nouvelez ne sont pas boinez. 

184 Que S ; tellez K % telles T ; nouvelles RT, nouvellez S ; 
apportent S — 185 Nouvelles LQRST ; dures LQRST ; per- 
versez K — 186 les LQRST ; choses LRST — 187 Touchans 
LQT, Touchant RS ; a no] nostre LQRST ; fragillite L — 
188 ont] on S — 189-192 seulement sans RS — 189 ceur S ; 
peur S — 190 voit] vont R — 192 menge S — 193 dit RST 
— 194 recevoir L, recep voir QT, endurer RS ; m. r.] r. m. T — 
195 angousse Q ; a] et a L, et RST ; douleur LRS, dolleur T 
—196 Donc L ; ilz S ; D. i.] De quoy Q ; coulleur T — 197 E. d.] 
De nos Q ; âmes LQRST ; dit T ; chose LQRT t chouse »S — 
198 declarier Q , déclarer RS ; voeut Q, veulx R, vuelt T ; ou] 
ne RS — 199 damnement R, damnement S — 200 enfer 
LRST — 201 Tels Q ; nouvelles LQRST ; bonnes LQRST 


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V. 184 — 217 


103 


Lassez nous, chetivez personnez, 

Pour quoy nous fist onques Dieux naistre 
En ce meschant monde pour estre 
Si tost livrez a tel ordure ? 205 

De ma vie n’ay jamaiz cure ; 

Car je voy que lez gens qui vivent 
Tant de maleuretez ensivent, 

Que je prise trop mieulx assez 
Le povre estât dez trespassez. 210 

[Car tous jours sans fin durera 
Ou celuy des vis finera, 

Et en l’estât qui tous jours dure 
Chascun vivre doit mettre cure.] 

Le secont vif. 

Es che dont en boin ensiant 215 

Que la mort nous va espiant 
Et qu’il nous fault ensi morir ? 

202 Lasses L, Lasse QT, Helas RS ; chaitivez L, chetives 
QRST ; personnes LQRST — 203 A quoy RS ; oncques RT ; 
dieu LQRST ; nestre LQ — 204 m. m.] monde icy T — 
205 toust S ; livres LS, livre QRT — 206 n’ay j.] j. n’ay Q ; n’au- 
ray RS ; jamaiz] james LS, jamais QT, plus R — 207 Car] Quant 
RS ; les QRST — 208 maleurtez L, maleurete QS, maleurte R ; 
ensuivent RT, ensuyvent S — 209 mieux Q ; d’assez LQT — 
210 pouvre 5 ; trespasses R — 211-214 seulement dans RS — 
212 cil des vivans S. 

Rubrique : du s. v. K ; II e L — 215 Est ce LR, Esse S, C'est T ; 
donc L, doneques RST ; en] a LQRST ; bon LRST ; esciant L, 
ensciant Q, essiant R, essien S, escient T — 216 la] le Q — 
217 qu’il] qui LRS ; ainssy L, ainsy QT, ainsi RS ; mourir LRS 


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104 V. - SE NOUS VOUS APORTONS NOUVELLEZ 


N’est il homme qui secourir 
En puist pour or ne pour argent ? 

Helas, convient il jovne gent 220 

A tel horribleté venir ? 

One maiz ne m’en poet souvenir ; 

Maiz je voy bien que c’est a certez, 

J’en voy lez ensengnez apertez. 

De mort passerons lez destrois, 225 

Et devenronz comme ces trois, 

C’est la fin de nostre besongne. 

Helas, helas, meschant carongne, 

Maiz que tu faicez tez plaisirs, 

Tez volentez, tez faulz désirs, 230 

Il ne te caut du remanant ; 

Or veons nous bien maintenant 
Que par toy sommez decheü, 

Qui jusques cy t’avons creü ; 

218 ilz S — 219peustL — 220 ilz S ; jouene K, jeusneL, 
jeune R, jeunes S — 222 Onques KLQS, Oncques RT ; maiz] 
mes L, manque dans QRST — 223 Mes L, Mais QRST ; certes 
LRST ; adeertes Q — 224 les LQRST ; enseignez L, enseignes 
QRST ; apertes LR, appertes QST — 225 les LQRST — 
226 deueronz K, devenrons LQRST ; desviendront comment 
ses S — 227 besoigne LS — 228 charoigne L, charongne RST 
— 229 Mes L, Mais QRT ; faces LRT ; faiches Q, fasses S ; tes 
LQRST — 230 Tes LQT, Telz RS ; voulentes LR, voulentez T ; 
tez L, tes QRT, telz S ; faulx LRS, faux Q ; désir K — 231 Ilz 
S ; chault LRST, chaut Q ; remenant LRS — 232 bien manque 
dans T ; n. tous b. R '— 233 t. nous s. RS ; sommes LQRST ; 
deceu LRT, deceus S — 234 jusquez L, jusqu’à Q, jusques 
a R ; yci S ; creus S 


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V. 218 — 250 


105 

Car de nos âmes peu te chaut, 235 

S’elles auront ou froit ou chaut. 

Fy, charongne, qui rienz ne vaus. 

Tu aimez mieulz les biaus chevaus, 

Les biaux habis, si pau durablez, 

Et telez cosez corrumpablez, 240 

Pour ton malvaiz corpz et rebelle 
Que tu ne fais une ame belle. 

[Et si scés bien que tu mourras 
Et en la terre pourriras, 

Ou Taine pardurablement 245 

En joye vivra ou en tourment. 

Pensons doncques de bien finer 
Que en joye puissons finer. 

Bon y fait penser quant on peut, 

Souvent on ne peut quant on veut.] 250 


235 Car] Et RS ; noz LRT ; peu] ne QS ; chault LRST — 
236 Se e. ont RS ; chault LRST — 237 carongne Q, charoigne L ; 
rien LRS , riens QT ; vauls K, vaulx LQT, vault RS — 238 
aimes LQ t ayme R, aymes ST ; mieulx LRT , mieux Q t 
mieulx S ; lez LS ; beaux LT, biaux Q , grans RS ; chevaulx 
LRT, chevaux Q, chevalx S — 239 Les LQRST ; beaux LRST ; 
habits R, abis S, abiz T ; pou L, peu QRS ; durables LQRST 
— 240 telles LQRST ; choses LRST , coses Q ; c. si c. K ; 
corrompables LT ; covrumpables QRS — 241 ton] toy RS ; 
mauvez L, meschant QRS, puant T ; corps LRST — 242 faiz L ; 
bele K — 243-250 seulement dans RS — 243 scez S — 247 de 
si b, R — 248 fine»] régné» S — 250 veult RS. 


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106 V. - SE NOUS VOUS APORTONS NOUVELLEZ 


Le tierch vif. 

Certez, c'est bien dit, maiz au fort 
Il n*y a point de desconfort ; 

Tous nous convient passer ce pas. 

Je croy que Dieus ne nous het pas, 

Mez biaus signeurs, mez biaus amis, 255 
Quant cez trois mors nous a tramis, 

Qui donné nous ont cognissance 
De la mort et de la meschance, 

Qui nous vient finer nostre joye. 

Helas, jamais je ne cuidoie 260 

Que ce tamps nous deüst falir, 

Ne que mors osast assalir 

Tels gentilz gens comme nous sommez ; 

Maiz je voy bien que richez hommez 

Rubrique : du t. v. K ; III e L, tiers RS — 251 Certes LQRST ; 
mez L t mais RST — 252 Ilz S — 254 Je] Et je L, Et RST ; 
que manque L ; dieu LRST, dieux Q ; hait R, ait S — 
255 Mes QRST ; beaux LRT, biaux Q, beaulx 5 ; mez] 
mes QT, et RS — 256 cez] ces LRS, telz T ; c. t. m.] ceste 
gent Q ; t remis L, transmis RT — 257 d. n. o.] n. o. d. Q ; 
donnez R ; cognoissance LS, congnoissance T — 25S ia] 
le Q ; mescanche Q — 260 james LS — 261 ce] tel Q ; temps 
LRS ; -t. cy n. RS ; deuist QT ; faillir LQRT ; faillyr 5 
— 262 Nne L ; mort LQRST ; osaist Q ; assaillir LQRST — 
263 gentis S ; g. g.] gens certes Q ; comme] que Q, comment S ; 
tummez K, sommes LQRST —264 MezL, Mais QRST ; riches 
LQRS t lices T ; hommes KLQRST 


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V. 251 — 282 


107 

265 


Sont telz et de nulle value» 

Ne plus ne mainz que gens menue. 

N’en parlons plus, c’est tout néant ; 
Maintenant je suy cler veant 
Que la joye du monde est brieve 
Et la fin d’elle point et grieve ; 270 

En infer est horrible paine, 

En paradis a joye plaine, 

Sur toutez joyes delitable, 

Et l’une et l’autre est pardurable. 

Or eslisons, je vous en prie, 275 

Des or maiz la milleur partie. 

Folz est qui coisist ou départ, 

Quant il eslist la pïeur part. 

[Deux voyes avons devant noz yeulx 
Nous qui vivons jeunes et vieulx ; 280 

Une a joye et a repos maine, 

L’autre a tourment et a grant peine. 

265 nulle] telle Q — 266 mains LQ, moins RT, meins S ; 
gent LQR — 267 car c'est S ; noyant K — 268 suis R ; 
voyant RS — 269 1. j. d. m.] le mondaine j. Q ; briefve RS 
— 270 la] le Q ; ne griefve RST — 271 enfer LRST ; 
peine RS — 272 a] est QST ; pleine S — 273 Seur L ; toutes 
LQ, toute RST ; joye RT, chouse S ; délectable RS — 275 
élisons L, ensuyvons RS ; em RS — 276 ore K ; ores mes L ; 
mais QRST ; meilleur LRT, melier S — 277 Fol RS ; choy- 
sist L, choisist RST ; despart S — 278 ilz S ; elist L ; pire 
LQRST — 279-286 seulement dans RS — 279 yeux S — 280 
vieux R — 281 le second a manque dans S ; meyne S — 282 
grant manque dans R 


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108 V. - SE NOUS VOUS APORTONS NOUVELLEZ 

Pour joye et pour repos avoir 

Bien faire faut ; doit on sçavoir 

Qui mal fait et ne se repent, 285 

Il aura peine et grant torment.] 

Las, et porquoy prens tu si grant plaisir, 
Homme abusé, plain de presumption, 

En ce faulx monde ou n’a que desplaisir, 

Envie, orgueil, guerre et discension ? 290 

Bien malureuse est ton affection. 

Que pense [s] tu ? As tu plus grant envie 
De vivre en doubte en ceste courte vie 
Qui les mondains a la mort d’enfer maine ? 

C’est bonne chose de vivre en vie certaine. 295 
Las, tu scés bien si tu n’es insensible 
Que c’est chose forte, voire impossible, 

De avoir la jus ton aise entièrement 
Et après mort la sus pareillement. 

Helas, pourtant, change condition 300 

Et te ravise, ou tu es autrement 
Homme deffait et a perdition. 

Lequel veux tu ou vie ou mort choisir ? 

Choisir des deux tu as discrétion. 

Ayme[s] tu mieulx de ton corps le désir 305 
Pour ton ame mettre a damnation, 

Que vivre un g peu en tribulation 
Et que après mort ton ame soit ravie 

283 le second pour manque dans R — 284 faut faire S ; savoir S 
— 286 Hz S ; grant manque dans R. 

287-339 seulement dans RS ; ces vers suivent la 3 e tirade dans S 
—296 vers trop long RS — 297 fort S — 298 D'a. yci ton aysse 5; 
la] sa R — 303 mort ou vie R — 308 soit ton ame S ; ravye R 


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v. 283 — 335 


109 

En gloire es cieulx, qui de nul desservie 
Estre ne peut en ceste vie humaine, 310 

Si ne laisse, terre avoir et demaine 
Et pere et mere et tout, s’il est possible. 

Et vivre en peine et en labeur terrible, 

En servant Dieu tous jours paciemment, 

C’est le chemin qui conduit seurement 315 
Après trespas l’homme a salvation ; 

Qui va autrement va a damnement, 

Homme defîait et a perdition. 

Cuide tu cy tous jours avoir loisir, 

D’avoir pardon sans satisfation 320 

Et toute nuyt en blanc mol lit gésir, 

Puis a ce jour sans operation 

Passer le temps en délectation 

Tant que du tout la chair soit assouvie ? 

Pense[s] tu point qu’il faille qu’on devie 325 

Et que preigne fin puissance mondaine. 

Helas, oy, car mort viendra soudaine 
Une heure a toy avec son dart horrible 
Si très a coup comme chose invisible 
Que pas n’auras loisir aucunement 330 

De dire a Dieu peccavi seulement, 

Ainsi mourras tost sans contriction 
Dont tu seras par divin jugement 
Homme defîait et a perdition. 

Homme en péril, saches certainement 335 

317 Et qui RS ; il (ilz S) va RS — 319 tu] si S — 320 pardons 
5 — 321 tout S ; lit mol S — 324 la] ta S — 325 qu’il] qui S — 
326 juissence m. S — 327 oy] onys S — 328 avec] a tout S — 
329 comme] convient S — 335 Comme R ; sache S 


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110 V. - SE NOUS VOUS APORTONS NOUVELLEZ 

Que se tu n’as autre vouloir briefment 
De t’amender, n’autre dévotion, 

- Tu te verras ung jour subitement 
Homme deffait et a perdition. 

336 se manque S ; briefuement S. 


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VI 


Ms. J. 


Ci coumence 11 dis des trois mortes 

et des trois vives* 


Une avanture merveilleuse, 

Qui a l’ouir est molt piteuse, 

Avint l’autre hier en Normandie 
De trois dames, dont amoureuse 
Chascune estoit [et] couvoiteuse 
De maintenir vie jolye. 

D’autre riens n’avoient envie, 

Car chascune quidoit en vie 
Manoir tous jours, mes trop crueuse 
Avanture lor fu baillie 
De Dieu qui toute rien mestrie. 


2 Q’ ms. 


3 

6 

9 

12 



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NOTES 


i 

71-76. « Vous serez tels (que nous sommes) et tels que 
vous êtes maintenant, nous fûmes jadis (ja fu li ore), 
également beaux et de même prix, mais la mort nous a 
enlevé ce bien, qu’on n’acquiert pas avec de l’argent : la 
chair, la peau et les nerfs. » 

85-87. « Oui, vraiment, je le dis à vous jouvenceaux, 
comme à des hommes jeunes sur lesquels l’orgueil a pouvoir 
communément. » 

91-98. a Vraiment, tous et toutes, de tous les coins du 
monde, paient à la mort le tribut de leurs corps ; ainsi les 
vers ne manquent pas de quoi se repaître sur la chair de 
plusieurs. Ah, mort mauvaise, mort pénible, mort amère, 
mort traîtresse par la morsure. » Aux vers 97-98 la 
leçon de BCD semble préférable à celle de A, quoique, 
étant donné l’accord AEF , elle ne soit pas sûre. 

111-13. Le sens me paraît être : « La morsure (d’Adam) 
nous fit savourer le goût de cette pomme (c’est-à-dire nous 
supportons les conséquences du péché originel), qu’il 
(Adam) n’eût jamais savouré, si Eve n’avait pas existé, qui 
par son mauvais conseil, etc. » Cf. Vers de la Mort d’Héli- 
nand, strophe 13 (éd. Wulfï et Walberg, p. 12) : 

Morz, qui venis de mors de pomme 
Primes en femme et puis en homme. 

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114 


NOTES, I 

115-16. Tourment de mort, c’est-à-dire tourment éternel ; 
cf. paine de mort, v. 157. 

136-42. « Follement met son enjeu qui se fie en jeunesse. 
Si j’étais vivant et vieux et si je trouvais à acheter la jeu¬ 
nesse (en) à bon compte, il m’importerait peu de l’avoir, 
même si j’avais de l’argent à souhait, puisque la mort 
tue les hommes de son dard, etc. » 

142. Voilà une métaphore frappante qui personnifie la 
mort. Nous saisissons cette occasion pour relever les pas¬ 
sages analogues dans nos cinq poèmes. 

La mort est une souveraine à laquelle tout le monde doit 
le tribut (I, 93). Dans une autre pièce, c’est la mort qui paie 
aux humains le tribut ou le salaire de la pourriture du 
corps (V, 14, 102). C’est une traîtresse aux redoutables 
morsures (1,98 ; II, 204; III, 167), qui guette constamment 
les hommes pour leur prendre la vie (V, 109). Mais la méta¬ 
phore la plus intéressante de toutes est celle qui présente 
la mort tuant les hommes avec sa faux ou son dard (1,142 ; 
IV, 35 ; V, 328) ; elle restera indéfiniment populaire 1 . La 
figuration de la Faucheuse aux maigres bras, avant de se 
matérialiser dans l’iconographie médiévale, n’était qu’une 
simple métaphore. 

148. Le passage est peu clair. 

150-52. Cf. Vers de la Mort d’Hélinand, strophe 49 
(éd. Wulff et Walberg, p. 46) : 

Tuit atendons comunement 
Primes mort et puis jugement : 

Contre cez deus n'a qu'un confort, 

C’est repentir isnelement 

1. Des passages analogues se trouvent dans les Vers de la 
Mort d’Hélinand : Morz ,.. tu lieves sor toz ta maçue (strophe 1), 
Tu trenches par mi a ta fauz (str. 12), Tu lieves sor toz ta 
baniere (str. 22), etc. 


i 

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NOTES, I-II 


115 


Et purgier soi parfaitement 
De quanque li cuers se remort. 

156-58. J’interprète ce passage ainsi : « Car il est mauvais 
de demeurer, où vit la peine éternelle, qui dure sans 
fin et qui, plus elle dure, plus elle est dure. » Je traduis 
tempre « dure » en rattachant (sous toutes réserves) tem- 
prer au lat. vulg. temporare (Du Cange). 


II 

i 

19-20. « Ceux qui ne considéraient que le monde (les 
choses terrestres) ». 

32-33. « Si pour ton amour nous ne nous mettons pas 
dans un ordre (religieux) pour nous sauver ». 

62-63, Cf. les proverbes : « L’arc toujours ou trop ne 
doibt estre tendu, car il romproit » ; « L’arc trop tendu 
tost lâché ou rompu ». Le Roux de Lincy, Livre des pro¬ 
verbes , II, 56. 

106. Le sens de ce vers m’échappe. 

129-32. « J’ai le corps répugnant, laid et ravagé ; la mort 
l’a outragé, la mort l’a ravagé, etc. » 

153-56. « Il est mauvais d’agir follement, cela procure un 
salaire pénible, etc. » (Voy. Tobler, Verm. Beit., I, n° 31). 

174. « Mais fol est celui qui ne redoute pas le péché 
lorsqu’il apparaît devant lui. » 

177-80. « L’accord avec Dieu vaut toute richesse j il 
est mauvais d’être en désaccord avec lui, etc. » 

202. La conjecture de M. Todd donne un sens satisfai* 
sant à la leçon du ms. A. J’ai adopté, cependant, la leçon 
de G ; j’interprète le passage ainsi : « La possession de la 
joie (céleste) est accordée à condition que nous le (Dieu) 
servions jusqu’à la mort, laquelle mord partout où il lui 
plaît. » 


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NOTES, III 


116 


III 

« 

4-5. Ces vers offrent deux antithèses qui embrassent 
tout le monde dans leur opposition. La première est bien 
pâle par rapport à la seconde ; on attendrait plutôt : 
Junes i doit et vies conter. 

9-10. « Ils étaient de grande valeur ainsi comme on l’est 
au monde », cela veut dire que cette valeur n’est qu’il¬ 
lusoire. 

21. « Ils dirigèrent ainsi leur cœur (c’est-à-dire leur nature 
était telle) qu’ils, etc. » 

40-42. Le passage est embarrassant. Le sens paraît être 
le suivant : « Il semble qu’ils ont été dévorés par un trou- 
. peau de chiens.., ils ne ressemblent pas à des hommes. » 
La difficulté réside dans les mots de gent (au v. 41). Il se 
peut que gent soit la ville de Gand (en flamand la ville 
s’appelle, en effet, Gent) ; la rime équivoque serait alors 
purement pour l’œil. 

62-64. « Il en a cuit à la fin de posséder un tel avoir et il en 
cuira encore à plus d’un, l’âme en cuira dans la flamme. » 

96-99. « La destruction fut un très bon ouvrier qui les 
a atteints dans la terre ; il paraît que c’est le soleil qui les a 
atteints, il les a noircis et le ver les a décharnés. » 

104-105. « Si tu as fait tort à quelqu’un, va réparer au 
profit de l’héritier le préjudice que tu a porté à son 
père. » 

108-109. « Tu m’entendras dire telles paroles qui te 
diront d'où vient ce malheur. » 

115-16. Le sens me paraît être : « J’ai employé à tort selon 
ma volonté les sceaux et j’ai acquis ainsi du bien. » 

123. Cet interlocuteur est le cinquième, après les deux 
vivants et les deux morts qui viennent de parler. 


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NOTES, III-IV 


117 


133-36. « Fol est celui qui s’allie au diable ; ainsi par 
mon péché si je me précipitais dans le lieu où ceux- 
là ont tel salaire, qui dans le monde pouvaient tout lier, 
je m’en trouverais mal ; ils sont tombés de haut dans le 
gouffre. Peu valent le monde et la jeunesse. M’y tien¬ 
drai-je donc ? Non. Tout cela c’est chose vaine vraiment, 
si l’on y tient ; plusieurs se sont damnés et maints se 
damneront, etc. » 

147. « Aucun de vous trois ne semblait être vrai. » 

152-55. « Pourquoi ai-je écrit jamais... (?) et après, hélas, 
j’ai chaussé mal des souliers à lacets ; maintenant je suis 
chaussé étroitement. » Cf. le proverbe : « Il est dans ses 
petits souliers » (c’est-à-dire il est dans une situation 
gênante). Le Roux de Lincy, Livre des proverbes , II, 130. 

170-71. t Quand j’eus arraché tout aux autres, je n’en 
eus rien. » 

179-80. « Seigneurs, chaque âme, si elle va là où nous 
devons rester (en enfer), abhorre cette demeure. » 

184-85. « Et vous trois avez une telle gloire que Dieu 
et le monde (?) vous haïssent. » 

186. Le passage est peu clair. 

188. C’est-à-dire rien ne change dans notre condition. 


IV 

19-24. a Les divertissements et les plaisirs y sont suppri¬ 
més, le misérable y est pris aux lacs, bienheureux est qui 
là n’est pas mis, etc. » 

35. Voy. note à I, 142. 

38. Syllepse, le verbe s’accorde d’après l’idée domi¬ 
nante de la phrase : « Rien au monde ne peut enlever à la 
mort ses tours ». La même pensée se trouve dans la pièce II, 


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118 


NOTES, IV 


50-51. Cf. les proverbes : « Rien n’est d’armes quand la 
mort assaut » ; « A la muerte no ay casa fuerte ». Ida von 
Düringsfeld et Otto von Reinsberg-Düringsfeld, Sprich- 
wôrter der germanischen und romanischen Sprachen, II 

(1872), § 461. 

43-48. « La mort veut avoir tout à la fin, personne qui 
vit n’en a confort, (chacun) vient nu et s’en va sans 
avoir, etc. » Cf. Nudus egressus sum de utero mairie meæ 
et nudus revertar illuc (Job, I). Voy. Innocent III, De 
contemptu mundi , 1. I, c. 8: De nuditate hominis (Patrologia 

latina, t. 217, 705). 

54-55. « Dans ce misérable monde il y a de courtes 
joies et de si grandes douleurs. » 

67-72. a Un tel juge ne ment pas, il sait voir les actions 
de chacun, il rendra un jugement droit, etc. » 

93-94. « La mort enlève celui qui a fait des provisions 
(qui a ramassé des richesses). » 

115-20. « Le sépulcre cache le corps pourri ; Dieu fera 
justice à chacun selon ses œuvres ; deuil aura celui qui 
perdra son âme, etc. » 

139-44. « L’homme sage doit aimer son âme, il n’existe 
point de trésor plus précieux ; sale corps, tu n’as plus rien 
à réclamer, etc. » 


Il nous reste à examiner un texte abrégé de la pièce IV 
conservé par le ms. O et un remaniement de cette pièce que 
renferment les mss. MP. 


Texte de O 1 . — Ce petit texte est constitué par les 
six premiers vers de chaque strophe du poème IV. A la 
quatrième strophe, où le sens ne s’arrêtait pas, on a 

1. Voy. P. Meyer, Bulletin de la Soe. des anc. textes , 1881, 
p. 71 ; publié par H.-A. Todd, Modem language notes, III 
(1888), 117. 


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NOTES, IV 


119 


remplacé les trois derniers vers par d’autres. Le texte 
ainsi arrangé forme un tout avec la miniature qui l’ac¬ 
compagne : les strophes dites par les rois vivants et les 
rois morts sont écrites au-dessous des parties correspon¬ 
dantes de la miniature (voy. planche 1). 

La copie est anglo-normande. La voici reproduite sans 
aucune correction : 


De vivis regibus 1 . 

Primus rex vivus. 

Compaynouns, veez ceo ke jeo voy ? 

A poy que jeo ne me devoy, 

De grant pour le quoer me tremble. 3 

Veez la treis mors ensemble, 

Cum il sunt hidous et divers, 

Purriz et mangez des vers ? 6 

Secundus rex vivus. 

Le secundo dist : « Jeo ay envie, 

Compaynoun, de amender ma vie ; 

Trop ay fet de mes voluntez 9 

Et mon quoer est entalentez 
De fere tant ke m’aime acorde 

Al Dieu, rei de miséricorde. » 12 

Tercius rex vivus. 

Ly tierz vif, ki destreint ses meins, 

Dist : « Pour quei fut fet homme humcins 

Pur ky deit receivere tiele perte ? 15 

Ceo fust folie trop aperte ; 

1. Au-dessus de la miniature on lit : 

Ich am afert. Lo ! whet ich se ! 

Me thinketh hit beth develes thre. 

Ich wes wel fair such schel tou be ; 

For Godes love bewer be me. 


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120 NOTES } IV 

Ceste folie ne fiat unkes Dieux, 

Si courte joye et si grantz déduits. » 18 

De mortuis regibus. 

Primus rex mortuus. 

Ly premev mort dist : « Damoysel, 

Ne ubliez pas pur sel oysel 

Ne pur vos robes a orfreis 21 

Qe vous ne tiegnez bien les leys 
Qe Jhesu Grist ad ordiné 

De sa seinte volunté. » 24 

Secundus rex mortuus. 

« Sgignours (sic), » dist li secund mort, 

« Vérité est ke la mort 

Nous ad fet tiels cum nous sumus, 27 

£ vous purirez corne nous sumus. 

Tut seez ja si pur ne si fin ; 

Ore purveez vous devant la fin. » 30 

Tercius mortuus. 

Le tierz mort dit : « Sachez 
Jeo fu de mon lynage chief, 

Princes, reys et conustables, 33 

Béais et riches, joyanz, mestables ; 

Ore su si hidous et si nuz 

Ke moy ver ne deigne nuis. » 36 

Texte de MP K — Cette rédaction inédite n’a pas grand 
intérêt ; sauf, peut-être, son préambule qui explique 
une représentation figurée du sujet en question. On y 
trouve une indication géographique comme dans le frag¬ 
ment des Trois mortes et des trois vives . 

Au point de vue de la forme ce texte est d’une négli¬ 
gence désespérante : les vers sont généralement incorrects. 
La succession des rimes dans le préambule est celle-ci : 

1. Voy. P. Meyer, Romania , XXV, 416. 


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NOTES, IV 121 

aabbbabbaa 
cddccdd d c c 

Le texte est écrit dans les deux manuscrits à lignes 
pleines, comme de la prose. Je l’imprime sans aucune 
retouche. 


Texte de M, variantes de P. 

Ci commence l’istoire de trois mors et de trois vifs. 

Ceste diverse pourtraiture 
Nous présente une aventure 
Qu’il avint a la voille Saine. 

Trois jouvenceaux en une plaine, 

Si comme jounesse leur cuer maine, 

S’esbatoient en la verdure ; 

Maiz tost mua leur joie en paine, 

Car aventure leur maine 
Trois corps d’orrible figure, 

Mais espontable oultre mesure. 

Moult estoient cilz trois joyunes hommes 
Lieux et jouans et drus 
Ains qu'eüssent lez mors veüz, 

Car d'avoir avoient grant somme ; 

Il n'avoit entre Saine et Romme 
En leur temps plus riche d'eülz. 

Maiz molt fut leur sanc esmeüz, 

Quant il orent les mors veüz, 

Titre : Cy c. la vie et l’i. des .III. m. et des .III. v. qui furent 
en l'autre monde de leurs meffes repris. 

3 Qui ; vielle — 7 Met — 8 Car manque ; amaine — 12 et 
drus manque — 13 Ains] Ancois — 16 richesses 


5 


10 


15 


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122 


NOTES, IV 


Laiz et hydeux, plus noirs que goume. 

Qu’il n’est nul qui sache la somme. 20 

Cornent le premier vif parle a son compaingnon. 

Le premier vif dit j 

[1] Compains, vois tu ce que je voie ? 

[2] A paine que je ne me desvoie, 

[3] De grant paour le cuer me tremble. 

Vois ces .III. mors laiz et hydeux 

Et horribles, divers, 25 

[6] Touz pourceis et mengiés de vers ? 

Le secont a suaire pers, 

Le tiers ne scay que me resemble. 

Vois que li pel luy sont aux costes gissans ? 

Il n'a gardé que riens ou li emble. 30 

[7] Telles devendront nos jounesses, 

[8] De tels marches aurons telz ventes 

[9] Qui nos vint de no premier pere, 

[10] Que chascun qui meurt le compaire ; 

[11] Quar tuit seuffrent la mort amere 35 

[12] Et après de vers la morsure. 

Et n’est ame de conte, de duc, 

De prince ne de roy qui ait plus 

[15] D’aventaige que celle d’un ribaut ; 

[16] Ne ja mais il n’aura rys baut 40 

19 noiers q. gomme — 20 Qui. 

Rubrique : Cy commance le p. vis parler a ses compaignons 
de ce qu’il voit — 21 je manque ; voy — 22 desvoy — 24 ces 
manque ; et hydeux manque — 26 pourriz — 28 me semble — 
29 gisanz — 33 nos] nous ; piere — 34 muert — 37 conte ne de 
— 40 ilz n’arent 

1. Les chiffres entre crochets renvoient aux vers du texte 
original. 


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NOTES, IV 


123 


[17] Puis qu’en tenebres sont mis. 

En enfer, en pardurable paine, 
Seront mis ceulz certainement 
Qui de bien faire ne mettront paine. » 


Cornent le secont vif parle a ses compaingnons. 

Le secont vif dit : « Voirement, 45 

Je lez voy touz appertement 
Dont j’ay au cuer moult grant tristesse. 
*#•••••••••••* 

[27] Trop en ay fait de mez volentés, 

[28] Si est mon cuer entalentés 50 

[29] De faire tant que m’ame s’acorde 

[30] A faire lez euvres de miséricorde, 

[31] Car tout mon corps n'est qu'une feuille ; , 

[32] Si corne vous pouoés veoir sans faille 

[33] Par ces mors, que je voy apparans, 55 

[34] Qu'en tel point serons nous reparans, 

Quant mort nous sera conduissans. 

Faucons et chiens tout seront gissans ; 

[37] Les grans salles et lez grans tours 

[38] Ne peuent a la mort tollir son cours 60 

[39] Que elle ne preigne tout a delivre 

[40] Li homme, quant il cuide bien vivre ; 

[41] Et ne puest nulz le jour savoir, 

[42] Quant la mort le vouldra avoir. 

Tant soit grant riche ou plain d'avoir 65 

[45] Nu vient et s’en va sans avoir. » 

43 mis] tous — 44 faire manque. 

Rubrique : Cy parle le s. v. a s. c. — 49 en manque — le v. 52 
manque — 53 tout manque — 54 c. v. manque — 57 conduisant 
— 58 sera gesant — 60 pouoient ; t. s. c.] s. c. t. — 61 A la 
quelle — 62 bien] mieulx. 


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124 


NOTES, IV 


Comment parle le tiers vif. 

Le tiers vif se commence a complaindre 

Et si a dit : < Oncques mais 

Je n’o paour si grant. 70 

Telz serons nous certainement 

Àins le jour du jugement. 

Ja ne remaindra pour richesse 

Que la mort qui vers touz s'adroisse 

Fera de nous deffinement. 75 

Se plus usons nostre joynesse 

En vanité ne en paresse, 

Nous en aurons grief poiement. 

Le cuer me font estraindre ces mors 

Que, he, je voy la si très hydeux. 80 

Trop volontés parlasse a eulz, 

Maiz je ne l’ose entreprendre ; 

Si pri a Dieu, le roy piteux, 

Que en nous parlent sans plus remaindre. » 

Comment le premier mort parle. 

t De chose que nulz de vous voie 85 

N'aiez ja paour, maiz faictes joie, 

Ce a dit le premier mort au vif. 

Jhesu Crist a vous nous envoie, 

Si mettés bien a nous vostre avis 

Et si nous regardés bien au vis 90 

Rubrique : Cy p. tiers v. — 67 plaindre — 68 Et par partie 
forment se complaidre — 70 grande — 72 Àincois — 79 m’en 
— 80 he manque — 81 volentiers — 84 en] a. 

86 ja manque — 89 Si manque 


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NOTES, IV 


125 


Nos os, no pel qui si mort est. 

Telz serés vous et encore pis, 

Ne cuidés pas vivre toudis, 

Vous n’en estes pas a deux doie. 

[102] Or vous pourvoiés devant la fin, 95 

[101] N'y aura si paré ne si fin, 

[103] Que vous n'aiez autel repos, 

[104] Quant en terre serés repos. 

[105] N’avés amy, tant vous ait chier, 

[106] Qui jamaiz vous quier atouchier, 100 

[107] N'enporterés que le bienfait 

[108] De quanque aurés au monde fait. 

[109] Et se bien vous voulés garder, 

[110] D’orgueil vous vous devrez oster. 

[111] En nous pouez prendre exemplaire, 105 

[112] Qui durement vous devroit plaire, 

[113] Dont mieux vous vauldrés a l’anme ; 

[114] Car le corps pourrira sanz l’anme. 

Si gardez que orgueil ne vous coeuvre, 

[116] Car Dieu rendra le droit de l'euvre. » 110 

Comment parle le secont mort aux vifs. 

[73] Le secont mort dit : « Domoissel, 

[74] Ne cuidez pas pour vostre oisel 

[75] Ne pour vos robbes a orfrois ; 

[76] En terre gerra vo corps frois, 

[77] La pourrira vo corps humaine. 115 

[78] Or gardés bien que ne vous maine 

[79] Vos grans déduis, vos grans soûlas 

[80] La ou li deablez par ses las 

96 aura] yra — 99 avies — 100 querre — 100 achouchier 
■ 102 au] en ce. 

Rubrique manque — 117 v. g. s.] et v. s. 


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NOTES, IV 



Prent les âmes et lez lie une a une, 

Cy deux, cy trois et une a une, 120 

Qui peust par pechié décevoir. 

Adonc gissent en chartre obscure et brune 
La ou ne luist ne soleil ne lune, 

Leur fait grief tourment recevoir. » 


Cornent parle le tiers mort aux vifs. 

Le tiers mors dit : « De quel aconte 125 

Seuffrez vous que orgueil vos seurmonte 
Pour vos robes et panne vaire ? 

Je vous diray une parole voire : 

Je fuz filz de roy, de conte. 

Regardez que telle richesse monte ; 130 

Or n’ay je ne robbe ne suaire 

[125] Et si suy si hydeux et si vil 

[126] Que veoir ne me deigne nulluy. 

[127] Il ne m'est remis que vers et os 

[128] Et pour tant dire le vos ose, 

[129] Quer mal vit nulz homs en ce monde 

[130] Se ne fait l'anme pure et monde. 

[131] Quant le corps a au monde sez déduis, 

[132] L’esperit si est en enfer conduis. 

[135] Je ne vous sauroy mieux preschier, 

[136] Monstre chascun comme il scet faire ; 

Qui cecy voit, qui cecy mire 
Ne voit pas ailleurs quérir mire 

119 lez manque —120 Si d. et si —121 Que puet —122 gisant. 
Rubrique : Cy commance le t. mors a parler —129 et de c. — 
136 le manque ; os — 137 Que — 139 a eu au m. de ses d. — 
141 saroies — 142 s. f.] puet savoir — 144 poins ; querre 


135 


140 


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NOTES, IV-V 


127 


Pour orgueil d’entour li oster. 145 

#•••••••••# 

En nous avés bel exemplaire 
De Yostre vanité retraire. 

Si gardés que vous n’aiez honte, 

Laissez le mal pour le bien faire, 150 

Si que a Jhesu Crist puisse plaire, 

Quant ce vendra au jour du compte. » 

Ci finist des trois mors et des trois vifs. 

145 li] soy — 148 Avez de — 149 vous manque. 


y 

51-53.. Ce dicton est une réminiscence d’Horace ( Epist. t 
1,18, v. 84) : 

Nam tua res agitur, paries cum proximus ardet. 

55. Correction assurée par la rime. 

89. Le sens est peu clair. 

162-63. Cf. le proverbe : « Fol est qui cuide toujours 
vivre ». Le Roux de Lincy, Livre des proverbes , I, 155. 

209-10. Laudavi magis mortuos quam viventes et utroque 
feliciorem indicavi qui necdum natus est. (Ecclésiaste, IV). 
Voy. Innocent III, De contemptu mundi f 1. I, c. 24 : De 
vicinitate mortis. (Patrologia latina, t. 217, 713). 

213-14. « Chacun doit se soucier de vivre dans un état qui 
dure toujours. » 

249-50. Dicton. Cf. les proverbes : « Quand on ne peut 
pas faire comme on veut, il faut faire comme on peut » j 
« Qu non fa quand pou, non fa quand vou » ; « Chi non fa 
quando e’ puole, non fa poi quando e’ vuole » j c Quien 


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128 


NOTES, V 


quand o puede no quiere, quando quiere no puede », 
Düringsfeld, Sprichwôrter, II, § 697. 

277-78. Dicton. Cf. les proverbes : < L’on doit prendre 
de deux maus le menor » ; « Il fait bon de duis mais li 
mains pior eslire ». Düringsfeld, Sprichwôrter, II, § 752. 
328. Voy, note à I, 142. 

Dans le ms. T, le dialogue est suivi d’une conclusion 
très pathétique qui roule sur le mot souffrir. La voici : 

Souffrir me fault et sy ne puis. 

Je seuffre ce que je ne puis, 

Souffrir me fault car c'est raison, 

Souffrir dure en toute saison. 

Et qui seuffre il est bien sage, 5 

Souffrir a partout avantage, 

En souffrant me convient souffrir, 

Car souffrir me vient a plaisir, 

Souffrir sy vient de courtoisie 
Et sy het toute villonie, 10 

Souffrir sy vient d'humilité 
Et souffrance est soubz charité. 

Souffrir sy vient de patience 
Et sy ayme obedience. 

Souffrir ne seuffre nul dangier, 15 

Souffrir me donne a mengier 
Et sy fait le povre bien rice, 

Souffrir sy donne a dame plice, 

Souffrir sy fait le plus fol sage, 

Souffrir est ung beau vasselage, 20 

Souffrir toutes gens esleesse 
Et sy les met hors de tristesse ; 

Car orgueilleux ne seuffre point. 

Mais souffrir le sourmonte et point. 


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NOTES, V 


129 

25 


Je seuffre jusques a la mort, 

Car souffrir est mon resconfort ; 

Souffrir sy est a tous amis, 

Souffrir sy est ung paradis. 

Tu doibz souffrir ce qu'on te dist, 

Quant Dieu souffry ce qu’ont luy fist. 30 


Dans le ms. S, on lit au début, à la suite du titre : 

Vos estis in hoc mondo sicut navis super mare ; semper in 
periculo, semper timens acubare ; previgilanti oculo debeatis 
remigare, ne bibatis de poculo dire mortis et amare. 


Dans les mss. RS, à la suite de la conclusion (qui se 
trouve dans S entre la tirade du troisième mort et celle du 
premier vivant), on lit ces vers où il est question de l’im¬ 
primerie : 


Arte nova pressos si cernis mente 1 2 libellos, 
Ingenium tociens exuperabit opus, 

Nullus adhuc * potuit huius contingere summum, 
Ars modo plura nequit, ars dédit omne 3 suum, 
Vir fuit 4 5 istud opus quod condutor indicat eius 6 . 


1. monte S. 

2. adhut S. 

3. omen S. 

4. corr. fccit. 

5. Ce vers manque dans R. 



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GLOSSAIRE 1 


able II 12, propre à quelque 
chose. 

acorder une personne à une 
autre IV 29, faire la paix 
entre elles. 

acroistre rèfl. III16, s’enrichir. 
adès II 79, III 81, toujours. 
«couvrir IV 115, 120, cou¬ 
vrir , cacher. 
affiner II 211, purifier. 
afîer rèfl. I 137, mettre sa con¬ 
fiance en. 

afin II 212, 214, allié. 
afiner I 129, certifier. 
aine mais III 100, jamais . 
ains que III 167, avant que. 
aire s. m. et f. III 147, air. 
alé, part pas. de aler I 49, 53, 
corrompu. 

aloie de alier III 134. 
ammuré V 36, fermé. 
anchois II 72, avant. 
apers de apert II 150, qui pos¬ 
sède des qualités morales et 
physiques. 

apparoir 19, 88, faire appa¬ 
raître. 


après, en après V 86, après. 
argant, forme picarde de 
ardent III 157, 158. 
arrasper (araper) III 170 
arracher. 

arroi s. m. 13, position. 
asprece *. /. IV 134, force, 
violence. 

assez, d’assez V 209, de beau¬ 
coup. 

atemprer 1118, tempérer, adou¬ 
cir. 

atente s. f. II 151, but. 
atourner II 171, arranger. 
atre s. m. III 28, cimetière. 
aus de ail s. m. III 112. 
aus I 59, 65, III 38, eux. 
avenir III 137, advenir. 
avis s. m. IV r 89, action de 
regarder. 

haut IV 16, hardi, joyeux. 
baillier VI 10, donner. 
beubant s. m. II 147, pré¬ 
somption vaniteuse. 
bienfait s. m. IV 107, bonne 
action. 


1. IV r renvoie au remaniement de la pièce IV (p. 121), 
VI au fragment des Trois mortes et les trois vives. 


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132 


GLOSSAIRE 


caloir III 187, V 149, im¬ 
porter. 

cans de camp 8. m. III 27, 
champ. 

cans de cant 8. m. III 28, 
chant. 

cardon 8. m. III 112, espèce 
d'artichaut. 

catel s. m. I 74, III 17, bien. 
caucemente s. f. III 157, 
chaussure. 

cheant IV 21, heureux. 
chier, avoir chier IV 105, 136, 
chérir. 

cien s. m. III 41, chien. 
coier s. m. II 201, cahier, 
livre. 

compaignier II 166, tenir 
compagnie. 

comperer II195, IV 10, payer , 
expier. 

conroi s. m. IV 13, ordre, soin. 
cor s. m. I 94, coin. 
cors de cort IV 131, bref. 
coup, a coup V 329, subite¬ 
ment. 

coupe s. f. II 205, péché. 
courecié de courecier II 35, 
rempli de douleur. 
crueus, -se VI 9, cruel. 
cuire, fut. quira III 63, 64, 
part. pas. quis III 62. 

de I 15, II 185, quant à. 
decuelir III 46, décomposer. 
déduit s. m. IV 19, 79, 131, 
divertissement. 
défiait V 302, misérable. 
defin I 162, fin, mort. 
délit V 151, plaisir. 
delivre V 83, libre, délivré ; 
a delivre IV 39, librement. 


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demaine 8. m. V 311, pouvoir. 
départir V 277, trancher. 
déport 8. m. II 104, joie. 
déporter II 103, décharger. 
descorder III 30, délivrer. 
descort I 14, contraste. 
desguiseement III 125, bizar¬ 
rement. 

despendre II 117, dépenser. 
despire II 130, outrager. 
despit s. m. II 127, mépris. 
despit II 128, méprisable. 
desroi s. m. I 99, III 190, dé¬ 
sarroi. 

desservir V 309, gagner. 
dessimple 8. m. III 25, dis¬ 
ciple. 

destains (destaint) II 78, 187, 
déteint. 

destroit s. m. V 225, détresse. 
destroit (-is) II 182, en dé¬ 
tresse ; III 155, serré, étroit. 
destruit 8. m. III 96, destruc¬ 
tion. 

desvoier ré fl. IV 2, perdre la 
raison. 

devers I 22, vers. 
devier I 126, V 325, mourir. 
deviser I 75, partager, assi¬ 
gner ; II 186, raconter. 
devoir, faire le d. III 69, 
accomplir l'obligation. 
diex (duel) s. m. I 48, IV 54, 
117, 118, douleur. 
divers III 77, IV 5, singulier, 
bizarre. 

doi, ci doi II 53, ces deux. 
doi, ci doi II 54, je dois ici. 
doie s. f. IV r 94, doigt. 
doloir ré fl. V 132, souffrir. 
doubter V 53, craindre. 
doubtable V 49, consterné. 


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GLOSSAIRE 


133 


doute 8. f. II 173, crainte. 
drus (dru) IV r 12, vif, gail¬ 
lard. 


el I 128, autre chose. 
embatre III 181, enfoncer. 
emble s. m. IV r 30, ce qui est 
pris furtivement. 
empere de s'emparer III 106. 
empirier II 92, ravager. 
emprise s. f. IV 61, entre¬ 
prise. 

encouper rèfl. II 206, se 
rendre coupable. 
enfer II 102, mauvais. 
enfourmer II 98, III 18, 
instruire, inspirer. 
engien s. m. II 67, ruse, 


piège. 

engrant II 73, soucieux. 
enort s. m. I 113, conseil. 
ensegne s. f. III 7, V 224, 
signe, marque. 

ensiant s. m., connaissance, 
a (en) ensiant V 215, évi¬ 
demment. 

ensivre V 208, poursuivre. 
entalenté IV 28, plein d’ar¬ 
deur. 


envers III 191, renversé. 
envier I 136 voy. giu. 
es V 215, est. 

escars III100, maigre ; aescars 
I 95, de façon insuffisante. 
eschiver IV 92, esquiver, éviter. 
espontable IV r 10, mon¬ 
strueux. 

estrait de estraire II 7, des¬ 
cendu, né. 

estraindre les mains IV 49, 
les tordre. 

estre s. m. II 102, habitation. 


faille s. f. II 189, IV 32, 

V 130, faute , tromperie. 
faille s. f. IV 31, torche, bou¬ 
chon de paille. 

faus II 105, fou. 
fais s. m. III 164, fardeau. 
fait (-is) s. m. III 57, état. 
fer, fier, I 115, terrible. 
ferir I 142, IV 35, frapper ; 

ré fl. II 32, se mettre dans. 
fiance s. f. II 143, confiance. 
fiancier II 144, assurer. 
fin III 47, certain. 
finement s. m. II 210, fin. 
finement II 209, certaine¬ 
ment. 

finer III 48, V 247 mourir ; 

V 248, s’arrêter. 

folier II 79, faire des folies. 
folour s. f. II 158, folie. 
forgiet part pas. de forgier 
III 127, forger. 
forgiet III 128 (f). 
fors (que) IV 31, 82, si ce n’est. 
fort, fors II 50, fort ; I 6, 
hardi ; V 297, difficile ; au 
fort IV 43, V251, enfin, au 
total. 

fourrer III 150, garnir. 
fus (fust) s. m. I 64, bâton. 

geter de paine II 124, sauver 
de la peine. 

giu s. m., envier son giu 1137, 
mettre un enjeu. 
grever V 270, être pénible. 

hach indic. prés, de haïr III 37. 
heure, de male heure V 163,. 

malheureusement. 
hier, l’autre hier VI 3, na¬ 
guère. 


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134 


GLOSSAIRE 


iex voy. oel. 
imparceptible V 18. 
ire s. f. I 117, colère ; II 35, 
affliction. 

irer I 45, fâcher, affliger. 

jouvens s. m. III 139, jeu¬ 
nesse. 

jouvente s. f. IV 7, jeunesse. 
justicier II 159, dominer. 

kan, en kanke IV 90, en tant 
que. 

kemun s. m. III 5, commun, 
peuple. 

laier I 18, laisser. 
lame s. f. IV 114, 115, pierre 
sépulcrale, tombeau. 
laz s. m. IV 20, lacs. 
le, li articles fém. I 1, III 50. 
lé I 50, large. 
loer II 80, conseiller. 
loiicr III 136, lier. 
los s. m. III 184, gloire. 
luisel s. m. III 30, cercueil, 
tombeau. 

main I 151, matin. 
maintenir II 55, 69, s'occuper 
de. 

maire r III 165, gouverner ; ré fl. 

III 167, se maîtriser. 
malheureté s. m. V 208, mal¬ 
heur. 

malmener II 148, maltraiter. 
mar I 36, IV 129, à tort, pour 
son malheur. 

marcier (marchir) I 7, être 
voisin ; I 8, 82, fouler, humi¬ 
lier. 

marvoier I 35, perdre le sens. 


mehaing s. m. I 44, défaut. 
mener près I 25, serrer de 
près. 

mentir II 151, 198, faillir , 
tromper. 

merir I 38, récompenser. 
mes s. m. III 4, messager. 
meschance s. f. V 258, infor¬ 
tune. 

mescheant IV 20, misérable. 
mesciei a. m. III 45, déchet. 
mesconter III 3, tromper. 
meadit s. m. III 145, men¬ 
songe. 

mestrier VI 11, gouverner. 
metable IV 124, notable (f). 
meure s. f. I 78 moire. 
miner III 21, mener. 
mire s. m. I 44, médecin ; 
avoir m. d’un mehaing, en 
être guéri. 
mire voy. merir. 
monde 116,111114, IV130, pur. 
monder II 212, purifier. 
morge su bj. prés, de mordre 
III 167, 

morsel a. m. 1147, bouchée. 
molt, en molt II 201, en grand 
nombre. 

mos de mot a. m. III 109, 
parole. 

neure de norrir 1156, se nour¬ 
rir, vivre. 

nient III 186, néant, 
niers de nierf I 76, nerf. 
Normandie VI 3. 
nus de nut IV 45, 46, 125, nu. 
nus de nul II 158, IV 126. 

obstant de obster V 77, faisant 
obstacle. 


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GLOSSAIRE 


135 


oel s. m., avoir l’oel a II 19, 
considérer ; veoir d’iex 110; 
il pert a iex I 57, cela se 
voit. 

oiant s. m ., en oiant III 55, 
en présence de témoins. 
oit, ot ind. prés, de oïr III 
84, 85, ouïr. 
onc maiz V 222, jamais. 
operation s. f. V 322, bonnes 
œuvres. 

orellier III102, prêter Voreille. 
orfroit s. m. IV 75, broderie. 
ort I 114, IV 87, 141, sale. 
os (ost) s. m. III 40, troupe. 
ostoir s. m. IV 36, vautour. 
ou V 212, 245, quand. 
ouvrer II 152, agir. 

painer III 92, être à l’agonie. 
pains part. pass. de paindre, 
pains laidement II 37, d’un 
aspect lait. 

paper III 58, manger. 
paroir I 57, 105, II 174, III 
20, 98, paraître. 
partie, sans partie II 19, 
complètement. 
partuissé V 13, percé. 
pendre et despendre III 115, 
118, 119 (f). 

pener I 108, affliger. 
penne s. f. III 149, plume. 
penne s. f. et m. III 150, 
étoffe de soie , fourrure. 
pers II 149, livide. 
peuture s. f. I 96, nourriture. 
pieç'a II 67, il y a longtemps. 
pieur V 278, pire. 
piteus III 77, misérable ; III 
78, compatissant. 
plaint 4. m. III 173, plainte. 


plait s. m. IV 59, contestation. 
poindre V 270, piquer , blesser. 
porveoir IV 93, faire des pro¬ 
visions. 

pourfiter II 15, apporter du 
profit. 

pourtraiture s. f. V 21, IV r 1, 
image. 

primes I 21, d’abord. 
prisier II 10, priser. 
pume s. m. I 110, pomme. 

quelcunque V 77, quel que 
soit. 

quins de quint III 123, cin¬ 
quième. 

quins de quin s. m. III 124, 
coin, morceau d’acier gravé 
dont on se sert pour frap¬ 
per les médailles et les mon¬ 
naies. 

quira voy. cuire, 
quis voy. cuire. 

ramenbrance s. f. V 180, 
souvenir, monument. 
raspé s. m. III 169, râpé (bois¬ 
son). « Que ne me suis-je 
contenté du râpé ? » 
regart s. m. III 37, aspect ; 
III 38, jugement ; V 6, 
spectacle. 

rekerra fut. de recroire III 
13, 14, cesser, renoncer à 
soutenir sa conviction ; dis¬ 
similation pour recrerra, 
voy. T obier, Verm. Beit., 
I, 158. 

remanoir, remaindre II 186, 
III179, rester ; IV r 84, larder. 
repos (repostus) IV 104, 
caché. 


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136 


GLOSSAIRE 


retraire III 1, ramener ; III 2, 
raconter. 

rober V 146, piller. 
rois de roit I 64, raide. 
Romme IV r 15. 

8acans II 105, instruit. 
sacier II 170, tirer. 

Saine IV r 3, 15 ; Chevalier 
signale trois localités de ce 
nom : Seine , Sayna , près 
Coblentz (Prusse), (abbaye 
de Prémontris fondée en 
1202^ ; Seyne , arr. de Digne 
(Basses-Alpes); La Seyne , 
arr. de Toulon (Var). 
salir III 134, sauter. 
saulers a las III 154, souliers 
à lacets. 
ses I 64, sec. 
signe s. m. III 2, miracle. 
soiaz s. m. IV 19, 79, plaisir. 
somme s. f. II 48, IV 100, 
bât, 

sommes, a s. I 69, en masse. 
sur I 97, IV 11, amer. 
sus V 15, sur. 

taindre III 99, noircir. 
t* III 104, tu. 

tant s. m., ce tant I 78, ce peu. 
tant, tans I 131 ; a tant II 
184, alors ; de tant I 45, 
tellement. 

tantos I 153, aussitôt. 


tempre I 158 voy. note. 
tes, tel I 12, 109, III12. 
tolir IV 38, enlever. 
touchant (à) V 187. 
tout, du tout II 53, entière¬ 
ment. 

tramble s. m. II 26, tremble 
(arbre). 

trametre V 256, envoyer. 
trebuchier V 61, tomber. 
très, si très V 4, 329, tout à 
fait. 

trestout II 43, tout. 
treü s. m. I 93, tribut. 

us I 87, usage. 

vaillant III 9, de grande va¬ 
leur. 

vaillant s. m. III 10, bien, 
avoir. 

value s. f. V 265, Valeur. 
vens de vent s. m. III 140, 
chose vaine. 

vente s. f. IV 8, droit qui se 
perçoit. 

viaire s. m. et /. V 9, visage. 
voir s. m. III 3, vérité. 
voir, vrai ; de voir I 91 , II119, 
III 70, V 79, vraiment. 
voir, voire 1131,144, III 141, 
172, vraiment. 

vuidier II 138, abandonner ; 
ré/7. II 72, sortir. 


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APPENDICE 


On sait que les peintures ainsi que les sculptures des 
Trois morts et des trois vifs sont accompagnées d’ordinaire 
d’inscriptions. Trois d’entre elles méritent une attention 
spéciale : je crois utile de les reproduire ici. 


I 

Commençons par l’inscription du bas-relief de l’église 
des Saints-Innocents (voy. p. 41) : 

En l’an mil quatre cents et huict, 

Jean, duc de Berry, très puissant, 

En toutes vertus bien instruit 
Et prince en France florissant, 

Par humain cours lors cognoissant 5 

Qu’il convient toute créature, 

Ainsi que nature consent, 

Mourir et tendre a pourriture, 

Fit tailler cy 1 sa sépulture. 

Des trois vifs, aussi des trois morts, 10 

Et de ses deniers la facture 
En paya par justes accords, 

Pour monstrer que tout humain corps, 

Tant ait 2 biens ou grande cité, 

Ne peut éviter les discords 15 

1. icy Du Breul. 

2. aye ibid. 


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138 


APPENDICE 


De la mortelle adversité. 

Donc pour avoir félicité 
Ayons de la mort souvenir, 

Afin qu’après perplexité 

Puissions aux saincts cieux parvenir. 20 

Prions pour le prince susdit, 

Et ensuivons son intendit K 

II 

La fresque de Kermaria (voy. p. 41) est accompagnée de 
deux quatrains : l’un se rapporte aux morts, l’autre aux 
vivants. Voici ce petit texte : 

Nous avons bien esté en chance 
Autrefoys, comme estes a présent ; 

Mais vous viendrez a nostre dance, 

Comme nous sommes maintenant. 

Nous gommes en gloire et honneur, 

Remplis de tous biens et chevance, 

Au monde mettons nostre cueur, 

En y prenant nostre plaisance *. 


III 

La fresque de Saint-Riquier (voy. p. 41) est accompa¬ 
gnée de six quatrains. Nous constatons que de ces 24 vers 
16 sont tirés de la pièce V. 

1. Du Breul, Les Antiquitéz de la ville de Paris, Paris, 1640, 
p. 538 ; cf. Montaiglon, Recueil de poésies françoises, V. 
p. 68, note. 

2. F. Soleil, La Danse macabre de Kermaria , p. 27. 


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APPENDICE 


139 


[Les morte] 

[79] 1 Nous vous denonchons tout pour voir 

[80] Qu’il vous convient mort rechepvoir, 

[105] Tels corne nous un tamps no fumes 

[106] Et tels serez corne nous somes. 4 

[112] Vous qui estes oultrecuidiez, 

[111] Plus briefvement que ne cuidiez, 

[109] La mort en tout tamps vous espie 

[110] Pour vous oster du corps la vie. 8 

[143] O folles gens, mal ad visées, 

Qui estes du haut lieu prisées, 

Pensez a la mort très certainne 

Et leschiez la joie mondainne. 12 

[Les vivants] 

[189] Mon pauvre cœur de paour tremble, 

[190] Quant trois morts ainsy voy ensemble 

[191] Défigurez, bydeux, divers, 

[192] Tous pourris et mangés de vers. 16 

Ostons du monde les plaisirs, 

Malvais voloirs et faulx désirs, 

[225] Car de la mort tous les destrois 

[226] Nous passerons corne ces trois. 20 

[252] Il n’y a point de reconfort, 

Obéir il nous fault a la mort, 

Par quoi nous tous jenes et vieulx 

Aions la mort devant les yeulx *. 24 

1. Les chiffres entre crochets renvoient aux vers du poème V. 

2. Langlois, Danses des morts, II, p. 189 ; cf. L’abbé Bouthors, 
Histoire de Saint-Riquier, Abbeville, 1902, p. 431. 


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Planche 2 




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T- grtr ftgTvam- ^ rs tamraaf 

a) Ms. A — Bihl. Nat., fr. 25 566 (fol. 223 v°). 


moiiir mmimmifn iu»nftifii«h)»t 




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b) Ms. A" = Bibl. Nat., lat. 18 014 (fol. 282). 


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Planche 3 



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«OmeflniKUUirnuOifi 


b) Ms. K = Arras 845 (fol. 157). 


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Planche 



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TABLE DES MATIÈRES 


Avertissement. vu 

Introduction : 

I. Classement des manuscrits. Remarques sur la 

langue et la versification. 4 

II. Analyse et classement des poèmes. 14 

III, Les éléments constitutifs des poèmes. 20 

IV. Les poèmes en d’autres langues. 29 

V, Les représentations figurées dans leurs rapports 


avec les textes. 37 

Conclusion. 47 

* 

Textes : 

I. Poème de Baudouin de Condé. 53 

III. Poème de Nicole de Margival. 64 

III. Diex pour trois peceours retraire . 75 

IV. Conpains , vois tu ce que je voi ?. 83 

V. Se nous vous aportons nouvellez . S2 

VI. Fragment des Trois mortes et des trois vives . 111 

Notes. 113 

Glossaire . 131 

Appendice. 137 


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142 


TABLE DES MATIERES 


TABLE DES PLANCHES 


1. Miniature du ms. 

0 = 

= Mus. Brit., Arundel 83 

2. a) 

» 

)) 

A = 

= Bibl. Nat., fr. 25566. 

b) 

I 

R 

N = 

= Bibl. Nat., lat. 18014. 

3. a) 

» 

)) 

B = 

= Bibl. Nat., fr. 378. 

b) 

» 

» 

K = 

= Arras, 845. 

4. 

R 

R 

R = 

= Bibl. Nat., fr. 995. 


VU BT ADMIS A SOUTENANCE, 

Le 25 Juillet 1913, 

Le Doyen de la Faculté de» Lettre» 
de VUnivereité de Pari», 

A. CROISET. 

Vu ET PERMIS D'iMPRIMER, 

Le Vice-Recteur de l’Académie de Parie, 
Pour le Vice-Recteur, l’Inspecteur de l’Académie, 

FONTENÉ. 




ABBEVILLE. - IMPRIMERIE F» PAILLART 


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